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Vers une entente sur le système de défense antimissile

WASHINGTON, DC – La récente visite au département d’État américain de Dimitri Rogozin, représentant spécial du chef d’État russe auprès de l’Otan chargé de la coopération sur le système de défense antimissile, a souligné l’un des nombreux obstacles que rencontre cette coopération russo-américaine sur la question du « bouclier » antimissile. Les ministères russes des Affaires étrangères et de la Défense ont chacun fait valoir leur suprématie sur ce dialogue avec les États-Unis, mais avec des priorités et des perspectives divergentes. La diplomatie russe a en général, mais pas toujours, adopté une ligne plus dure, tandis que de son côté Rogozin poursuit son propre ordre du jour concernant la défense antimissile.

L’incertitude concernant le prochain chef d’État russe rend la situation plus complexe encore. Compte tenu des points de vue divergents du président Dimitri Medvedev et de l’ancien président et actuel Premier ministre Vladimir Poutine – les principaux candidats à l’élection présidentielle de l’an prochain – la plupart des hauts fonctionnaires russes préfèrent s’abstenir de toute initiative audacieuse à propos de la défense antimissile ou d’autres questions de contrôle des armes stratégiques en attendant de savoir qui sera le prochain président. Medvedev semble moins hostile à l’Otan que son prédécesseur plus ou moins paranoïaque, mais Poutine a par le passé su faire preuve d’une flexibilité surprenante sur certaines questions stratégiques.

L’évaluation de la menace posée par les missiles balistiques, menée conjointement par la Russie, l’Otan et les Etats-Unis, a révélé de nombreux recoupements entre les experts techniques, mais également des divergences fondamentales entre les stratèges politiques. Les représentants occidentaux considèrent par exemple que l’Iran constitue la principale menace émergente, tandis que les Russes continuent à voir dans le régime iranien un risque de prolifération qui peut être contenu par des moyens autres qu’un bouclier antimissile, comme la diplomatie et des sanctions internationales limitées.

De manière générale, pour des raisons historiques et de prestige, la plupart des Russes refusent de croire que les législateurs américains sont devenus plus préoccupés par le potentiel stratégique limité de l’Iran que par les forces nucléaires considérables de la Russie. Ils estiment en conséquence, et malgré les dénégations des Américains, que ces derniers cherchent à mettre en place un système antimissile qui neutralise les capacités de dissuasion russes sous le prétexte de protéger les Etats-Unis et leurs alliés de la menace iranienne.