5

L’Allemagne et ses voisins

FRANKFURT – Lors d’un récent séjour en Allemagne, j’ai entendu deux discours divergents. L’un d’eux évoquait la robustesse de l’économie allemande, son faible niveau de chômage, la solidité de ses finances et son bon positionnement concurrentiel vis-à-vis des segments les plus dynamiques de la demande mondiale. L’autre s’alarmait d’une économie entravée par d’interminables crises européennes d’endettement, dont les auteurs cherchaient à rejeter la responsabilité et les besoins de financement sur le bilan irréprochable de l’Allemagne.

Les deux discours se défendent, mais ils ne peuvent pas coexister éternellement. Il est difficile de maintenir une maison en bon état dans un quartier qui se dégrade. Soit le quartier s’améliore, soit la maison se dévalorise, et le fait qu’un discours l’emporte sur l’autre aura beaucoup d’impact sur l’Allemagne, l’Europe et l’économie mondiale.

L’Allemagne récolte aujourd’hui le fruit de longues années de sage gestion économique. Ses dirigeants se sont non seulement efforcés de maintenir la bonne santé des finances publiques, mais ils ont engagé de difficiles réformes structurelles, visant à renforcer la compétitivité du pays sur le plan international, ainsi que de douloureuses réformes visant à restructurer le marché du travail. Aujourd’hui, l’Allemagne est l’une des rares économies avancées à avoir créé beaucoup d’emplois, tout en ayant maintenu la stabilité financière. Autrement dit, elle est en tête des pays notés AAA.

Mais l’Allemagne fait également partie d’un quartier en grande difficulté – pour ne pas dire qu’elle en constitue le point d’ancrage. Elle a pour voisins des pays – notamment à la périphérie de l’Eurozone – qui sont confrontés à un chômage généralisé (particulièrement élevé chez les jeunes), et qui sont incapables de compter sur leurs propres forces. Certains d’entre eux sont également confrontés à des problèmes de solvabilité et ils sont loin du consensus socio-politique indispensable au maintien de l’ordre économique chez soi.