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Les limites de la culpabilité allemande

MUNICH – Ce mois de juin marque le 50e anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques entre l’Allemagne et Israël. Cette relation bilatérale, née au lendemain de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis, a évolué jusqu’à devenir une relation solide. Pour autant, la disparition progressive des souvenirs de la Shoa parmi les jeunes Allemands, ainsi que le déclin du statut international d’Israël, mettent depuis peu à mal le discours officiel consistant à faire valoir des liens « particuliers » entre les deux pays.

David Ben Gurion, père fondateur d’Israël et architecte de la réconciliation entre Israël et l’Allemagne, était un homme extrêmement pragmatique. Il savait combien le fait de nouer un partenariat avec l’Allemagne, faisant intervenir des réparations qui contribueraient à booster les capacités d’Israël, pourrait considérablement favoriser la survie de son pays.

Amorcée en 1952, ces réparations servaient bien entendu également les intérêts de l’Allemagne. La meilleure manière de retrouver une légitimité internationale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale consistait en effet à expier publiquement les atrocités commises par les nazis, et à se réconcilier avec les juifs du monde entier.

Mais l’argument fondant l’établissement de pleines relations diplomatiques avec Israël n’était pas aussi évident. Craignant qu’une telle démarche ne mette à mal ses relations avec les pays arabes, et par conséquent son objectif consistant à maintenir une politique impartiale au Moyen-Orient, le gouvernement du chancelier Ludwig Erhard résista jusqu’en 1965 aux pressions israéliennes visant l’instauration de liens étroits. Même à cette époque, la politique allemande au Moyen-Orient continua de refléter un consensus national selon lequel la responsabilité allemande autour de la sécurité d’Israël devait être mise en balance avec un effort consistant à rester neutre dans les affaires de la région.