0

De de Gaulle à Poutine

PARIS – Il y a cinquante ans, le général de Gaulle prenait le pouvoir en France par un coup d’État de fait. Certes, il fut appelé et élu par un Parlement en détresse, mais la pression exercée par l’armée française et la rébellion en Algérie ne laissaient guère de choix. Les dirigeants de la République en péril comptaient sur de Gaulle pour mettre un terme à la guerre d’Algérie, tout en gardant l’Algérie française. Le programme du général était différent : réécrire la constitution et fonder une nouvelle république.

Pour de Gaulle, la guerre d’Algérie n’était qu’un symptôme d’un État inadapté à la France, une analyse qui remontait à son expérience de 1940, quand le gouvernement s’était montré incapable de résister à l’invasion nazie. Seul un chef fort, pensait de Gaulle, aurait pu éviter la défaite.

Dans ses mémoires, de Gaulle penchait pour la restauration de la monarchie. Mais l’opinion n’était pas prête, et les héritiers de la couronne pas à la hauteur de la tâche. L’alternative était un monarque élu : la constitution de la Ve république, qui fête cette semaine son cinquantième anniversaire, fut conçue autour de ce principe de base.

Dans la IVe République, de Gaulle méprisait ce qu’il surnommait le “régime des partis,” soupçonnés de placer leurs intérêts au-dessus de ceux de la nation. Seul un monarque élu pouvait incarner l’intérêt national. Propagandiste remarquable, de Gaulle parvint à convaincre les Français que la IVe République était un désastre, un bobard toujours ancré dans la sagesse populaire.