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Libérons les organismes de régulation

Les scandales financiers et, en fait, l'histoire économique de ces dix dernières années, démontrent que les marchés financiers internationaux ont besoin d'organismes de régulation indépendants du pouvoir politique. La succession des crises financières qui entachèrent les années 1990 eurent des causes nombreuses et diverses, mais ce sont des dispositions de régulation en plein dysfonctionnement qui en ont généralement aggravé les effets. Chaque crise mit en lumière des cadres juridiques affaiblis et inefficaces (souvent délibérément maintenus en place par les hommes politiques), une supervision inadéquate et dispersée, des politiques indulgentes, que seul le lobby industriel peut apprécier.

Encore récemment, l'indépendance des régulateurs et des responsables financiers ne faisait l'objet que d'une attention marginale, ce qui est surprenant quand on sait que l'indépendance des banques centrales s'est très bien imposée depuis la fin des années 1980. Au cours des 15 dernières années, alors que de nombreuses banques centrales acquéraient leur indépendance légale vis-à-vis de toute influence gouvernementale, les résultats en termes de faible inflation des prix se sont montrés indéniables. Rares sont ceux qui aujourd'hui remettent en cause l'importance de l'indépendance des banques centrales dans le maintien de la stabilité monétaire.

L'indépendance des organismes de régulation du secteur financier est aussi importante que l'indépendance des banques centrales et ce pour de nombreuses raisons identiques. Tout comme une banque centrale indépendante peut aider le secteur privé à prendre des décisions à long terme basées sur un ensemble de règles claires et stables, de même un secteur financier régulé par un organisme indépendant peut s'assurer que les règles du jeu de la régulation sont appliquées de manière cohérente à tout moment. Si les banquiers savent d'avance que les banques non solvables vont fermer, et que tout lobby pour les maintenir ouvertes échouera, ils prendront moins de risques et la possibilité pour que leurs activités donnent naissance à une crise bancaire à grande échelle en sera réduite.

Mais quand les politiciens se retrouvent directement impliqués dans la régulation, il en résulte souvent des décisions ad hoc, et les banquiers puissants ou ayant de bonnes relations découvrent que les règles, comme par enchantement, ne s'appliquent pas à eux. Il en était de même quand les hommes politiques étaient directement impliqués dans la fixation des taux d'intérêts, avec des résultats aussi décevants en termes de cohérence des décisions et de suivi dans la lutte contre l'inflation. La stabilité monétaire et la stabilité financière ne sont que deux aspects d'une même pièce et doivent se renforcer l'une l'autre, ainsi leurs organismes de régulation ont besoin d'une degré identique d'indépendance.