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Une justice internationale déficiente pour le Soudan

Ceux qui ont suivi de près la tragédie du Darfour savent pertinemment que le président soudanais Omar Hassan el-Béchir est à la tête des politiciens et militaires responsables des crimes odieux commis à grande échelle contre des citoyens soudanais par les forces militaires du pays, avec l'assistance de milices et de groupes paramilitaires. Le seul tort de ces citoyens est d'appartenir à trois tribus (Four, Masalit et Zaghawa) ayant frayé avec les rebelles qui ont pris les armes contre le gouvernement il y a quelques années.

Toute mesure visant à rendre les dirigeants soudanais responsables de leurs crimes est donc plus que souhaitée. Pourtant, la décision de Luis Moreno-Ocampo, Procureur de la Cour pénale internationale, de demander un mandat d’arrêt contre Omar Hassan el-Béchir est surprenante pour trois raisons.

Tout d’abord, si l'objectif de Luis Moreno-Ocampo avait été d'arrêter le président soudanais, il aurait adressé une demande sous pli cacheté et invité les juges de la CPI à délivrer un mandat d’arrêt scellé, rendu public une fois qu’el-Béchir aurait voulu se rendre à l’étranger. La compétence de la Cour concernant les crimes commis au Darfour a été établie conformément à une décision du Conseil de sécurité de l’ONU ayant force obligatoire ; c’est-à-dire que même les États qui ne sont pas partis au statut de la Cour sont tenus d’exécuter ses arrêts et ordonnances. Le mandat étant public– à supposer que les juges confirment la décision –, el-Béchir n'a plus qu'à rester dans le pays pour éviter l'arrestation.

Ensuite, Lui Moreno-Ocampo a décidé sans que l’on sache pourquoi de poursuivre uniquement le président soudanais et non les autres dirigeants politiques et militaires qui ont planifié, ordonné et organisé avec lui ces crimes à grande échelle. Si Hitler avait été vivant en octobre 1945, les 21 accusés de Nuremberg ne se seraient pas tirés d’affaire.