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Un nouveau mandat problématique pour la Fed

LONDRES – « Il n’y a que deux tragédies en ce monde, » a écrit Oscar Wilde. « L’une est de ne pas obtenir ce que l’on désire, et l’autre de l’obtenir. » À l’heure où la Réserve fédérale américaine se rapproche un peu plus de ses objectifs en matière d’économie nationale, l’institution est confrontée à une pression croissante en faveur d’une normalisation de sa politique monétaire. Seulement voilà, l’économie nationale ne constitue plus la seule préoccupation de la Fed en matière d’élaboration des politiques. Bien au contraire, l’autorité monétaire américaine admet presque explicitement le nouveau mandat qui est le sien : assurer la stabilité financière à l’échelle mondiale.

Le Congrès américain a créé la Fed en 1913 en tant qu’agence indépendante, préservée de la politique partisane, et chargée d’assurer la stabilité des prix sur le plan national ainsi que de favoriser l’emploi au sein du pays. C’est au fil du temps que son rôle s’est développé. Depuis la crise financière mondiale de 2008, et à l’instar de ses nombreuses entités homologues au sein des pays développés, la Fed entreprend une politique monétaire de moins en moins conventionnelle – assouplissement quantitatif, assouplissement du crédit, guidage des anticipations, etc.

Ce qui était autrefois peu conventionnel est désormais devenu conventionnel. Une certaine génération de participants opérant sur les marchés mondiaux n’a toujours connu qu’un monde de taux d’intérêts faibles (voire négatifs) et de prix des actifs artificiellement gonflés.

Le double mandat de la Fed n’en demeure pas moins en vigueur. Et bien que le récent discours de la Fed soit empreint de compromis, les fondamentaux de l’économie américaine – notamment ceux qui sont censés importer le plus à la Fed – laissent clairement présager de futures hausses des taux.