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Quand l'Europe perd la raison

NEW YORK – L'économie américaine montre enfin des signes de redémarrage après la crise qui a éclaté à la fin du mandat du président W. Bush, lorsque la quasi implosion du système financier américain a envoyé des ondes de choc à travers le monde. Mais ce redémarrage n'est pas franc ; au mieux le fossé entre l'état actuel de l'économie et ce qu'il aurait été sans la crise ne se creuse plus. S'il diminue, c'est très lentement et les dommages engendrés sont là pour longtemps.

Cela aurait pu être pire. De l'autre coté de l'Atlantique la reprise est beaucoup plus incertaine : le fossé entre l'état actuel de l'Europe et ce qu'il aurait été en l'absence de crise continue à se creuser. Dans la plupart des pays de l'UE, le PIB par habitant est inférieur à ce qu'il était avant la crise. La demi-décennie perdue se transforme sous nos yeux en une décennie entière. Derrière le froid des statistiques des vies humaines sont brisées, des rêves sont étouffés et des familles éclatent (ou ne se forment pas) en raison de la stagnation qui se prolonge (voire de la dépression dans certains pays).

L'UE n'est pas en manque d'individus qualifiés et talentueux. Les pays membres disposent d'un cadre juridique solide et de sociétés fonctionnelles. Avant la crise l'économie de nombre d'entre eux était relativement florissante. La productivité ou le taux de croissance de certains d'entre eux était parmi les plus élevés de la planète.

Mais l'Europe n'est pas une victime. Certes la politique économique américaine a été désastreuse, mais les USA n'ont aucunement cherché à faire porter le fardeau de la crise à l'Europe. Le malaise de l'UE est auto-infligé en raison d'une succession sans précédent de mauvaises décisions économiques - à commencer par la création de l'euro. Destiné à unir l'Europe, l'euro l'a finalement divisée. Et en l'absence de volonté politique de créer les institutions nécessaires à une monnaie unique, les dommages ne vont pas disparaître.