Europe : les derniers tabous

On peut faire confiance aux Etats-Unis, disait Churchill, pour toujours finir par faire le choix qui s’impose, mais seulement après avoir épuisé toutes les alternatives. Depuis dix-huit mois cette remarque ironique sert de feuille de route à l’Europe : celle-ci finit par s’accorder sur les décisions nécessaires, mais toujours en dernière extrémité.

Une fois encore, jeudi dernier, les dirigeants de la zone euro ont proclamé que ce qu’ils avaient affirmé impensable était en fait indispensable. Ils ont cessé de prétendre que la Grèce était solvable ; consenti à lui prêter plus et pour plus longtemps ; admis que des taux d’intérêt excessifs ne pouvaient qu’aggraver le mal ; demandé que les créanciers privés contribuent à l’allégement du fardeau ; promis d’assurer la continuité du financement des banques grecques ; reconnu la nécessité d’un appui à la croissance ; et étendu les usages possibles de la facilité financière européenne, pour en faire un outil d’intervention flexible.

Pour l’Allemagne, la France, la BCE, et les autres acteurs du jeu européen, ces voltes-faces sont coûteuses en réputation, en capital politique ou en marges de manouvre juridiques. Le paquet a beau être suffisamment divers pour que chacun y trouve de quoi crier victoire, il va falloir expliquer pourquoi les lignes rouges ont été franchies. Tous argueront sans doute que c’est la dernière fois.

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