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Les défis de l’Europe en 2012

MADRID - Depuis plus de soixante ans, le processus d’intégration en Europe n’a cessé d’évoluer. Chaque pas en avant, de la Communauté européenne du charbon et de l’acier à l’Union européenne, s’est effectué dans un esprit de bien commun, sur la base de valeurs communes (démocratie, droits de l’Homme, et justice sociale), dans le but d’atteindre un certain nombre d’objectifs (croissance économique, prospérité, et consolidation du prestige de l’Europe à l’international). Dans l’année à venir, le fruit de ces efforts - un système de règles et d’institutions communes mis en place par nous autres Européens à la sueur de nos fronts - sera mis à l’épreuve comme jamais auparavant.

Les fondations de l’Europe ont commencé à trembler en 2011, lorsque la crise des dettes souveraines de la zone euro, engendrée par la crise financière et économique mondiale apparue en 2008, s’est répandue à la périphérie des pays noyaux de la zone euro. La question de la solidité de l’UE - et bel et bien de sa survie même - se pose aujourd’hui, à une période de profonde transformation géopolitique, à l’égard de laquelle l’existence d’une Europe plus forte est essentielle.

La puissance mondiale se déplace désormais vers l’Asie et le Pacifique. De nouveaux acteurs non-étatiques - aujourd’hui influents - ont fait leur apparition, compromettant dans certains cas (par exemple dans le cas des organisations terroristes) la capacité des États à garantir la sécurité nationale. La prolifération nucléaire est une menace grandissante, comme l’a démontré le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur l’Iran. Les progrès accomplis sur d’autres questions globales critiques – notamment l’énergie et le changement climatique – ont été décevants. Dans le même temps, les fléaux de la pauvreté et de la famine – dont la Somalie souffre particulièrement aujourd’hui – continuent de contrarier le concept même de civilisation.

Tout ceci contraste fortement avec le un monde « post-historique » pacifique, prévisible et sûr, auquel s’attendait l’opinion à la fin de la Guerre froide. Les révolutions arabes, impensables il y a un an, ébranlent un ordre régional en place depuis plus d’un demi-siècle. Le tsunami japonais a remis en question le futur de l’énergie nucléaire à travers le monde. Enfin, et c’est sans doute ce que nous relevons le plus, le déclin mondial des États-Unis, pilier planétaire en termes d’économie et de sécurité depuis 1945, ne fait plus aucun doute depuis 2011, reflété par une paralysie et une polarisation politique – et ponctué par une baisse des notations relatives au crédit.