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N’ayons pas peur !

PARIS – L’Europe se trouve à un tournant historique. D’ici la fin de l’année, le nombre de demandeurs d’asile dans l’Union européenne dépassera le million. Le coût humain de cette crise des réfugiés est terrifiant. Pourtant, dans presque tous les pays européens, les responsables de l’action publique ont apporté une réponse frileuse à cette catastrophe, reconnaissant au mieux la nécessité d’en faire davantage, tout en s’inquiétant des  conséquences de ce phénomène.

Certains politiques redoutent la charge que va faire peser l’afflux de migrants sur les collectivités et les contribuables. D’autres craignent que des extrémistes se cachent derrière de véritables réfugiés. Ils sont surtout nombreux à avoir peur de l’opinion publique, laquelle reste réticente, voire hostile, malgré toutes les scènes réconfortantes d’accueil et de prise en charge des demandeurs d’asile, à l’idée de voir arriver des migrants toujours plus nombreux fuyant la guerre et les persécutions dans leurs pays d’origine, surtout s’ils pratiquent une religion différente.

Les responsables européens ne peuvent pas se permettre d’avoir peur. La crise des réfugiés n’est pas de celles dont ils peuvent faire abstraction. Il n’existe pas de solution miracle qui leur permette de renvoyer plus d’un million de personnes par-delà la mer Égée et le Bosphore jusqu’à Mossoul et Alep, ou par-delà la Méditerranée jusqu’en Érythrée, en Somalie ou au Soudan.

Le rétablissement des contrôles aux frontières et la construction de clôtures feront peut-être gagner du temps aux pays déjà saturés, mais personne ne peut sérieusement espérer faire obstacle à ces migrants prêts à tout pour avancer. Compte tenu des conditions de vie épouvantables dans les pays qu’ils fuient, la moitié peut-être des demandeurs d’asile obtiendront le droit de résider dans leur pays d’accueil, même si l’on applique les règles les plus strictes. C’est pourquoi, quelle que soit la sensibilité ou l’ambivalence de l’opinion publique, les responsables européens devront répondre à l’unisson à la crise, de façon coordonnée et audacieuse.