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L'Europe a besoin de son propre Conseil de sécurité

L'Union européenne semble déterminée à faire l'autruche, enfouissant sa tête sous des montagnes de déclarations de politique étrangère. Mais tandis que la majorité des gouvernements européens souscrivent en paroles à l'idée de créer une politique étrangère et de sécurité commune, ils négligent de s'attaquer à une pierre d'achoppement maîtresse : le pouvoir (et la capacité à projeter ce pouvoir) est réparti de manière inégale entre les états membres.

Loin de reconnaître cette réalité, les membres de l'UE (les anciens et les nouveaux, les gros et les petits) insistent pour avoir leur mot à dire à parts égales dans les décisions de politique étrangère. La règle d'unanimité de l'UE demeure la méthode préférée de prise de décision dans ce domaine, bien que certaines exceptions limitées soient évoquées.

Il est vrai qu'il est important de parvenir à un consensus, ce dernier apportant crédibilité et légitimité. Mais en réalité, certains membres de l'UE sont " plus égaux " que d'autres et les membres les plus puissants de l'Union protestent invariablement contre toute contrainte externe. Il en va de même pour les autres organisations internationales. En effet, une des causes de l'affaiblissement de l'intérêt de l'administration Bush envers l'OTAN vient probablement des interventions des petits pays dans les décisions militaires (comme le choix des cibles à bombarder) lors de la guerre du Kosovo.

La volonté de connaître les états membres qui possèdent le pouvoir en Europe a débouché sur la création d'un " triumvirat " en matière de politique étrangère, composé de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni, qui fera invariablement l'objet des discussions des dirigeants de ces trois pays lorsqu'ils se réuniront cette semaine. En termes de population, de PNB, de portée commerciale et diplomatique, de culture et de poids militaire, ces pays forment indiscutablement le coeur de l'Europe.