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La mobilité, un échec de l’Europe

PRINCETON – Le principal problème non résolu de l’Union européenne est celui de la mobilité. Le processus d’intégration avait pour objectif de faciliter et de rendre plus attrayant le déplacement d’un pays à un autre pour les Européens. Dans cette optique, les citoyens de l’UE « perdaient » une nation et gagnaient un continent. Mais les résultats de certaines élections récentes laissent à penser qu’ils sont finalement plus inquiets à l’idée de perdre une nation.

Depuis l’adoption de l’Acte unique européen en 1986, qui levait les restrictions concernant le travail dans un autre État membre, le continent est devenu un marché du travail unique – du moins en théorie. C’était un choix politique qui allait dans le même sens que d’autres points de l’ordre du jour de l’intégration. L’utilisation de l’euro comme monnaie unique nécessitait un marché du travail flexible qui permettait à la population active de trouver du travail ailleurs, en fonction des chocs régionaux.

Mais ce n’est qu’après la crise financière mondiale que les flux migratoires européens ont vraiment décollé, provoquant une réaction négative à leur égard, d’abord dans les pays de destination et aujourd’hui, comme le suggère la récente élection présidentielle en Pologne, dans les pays d’origine. A mesure que s’enflammait le débat sur les migrations, à la fois ceux ayant migré et ceux restés au pays ont fini par se sentir plus nationalistes, pas plus européens.

A première vue, les résultats des récentes élections en France et en Grande-Bretagne donnent l’impression que l’immigration n’est plus un sujet brûlant en Europe. La performance du Front national français lors des élections départementales a été médiocre comparé aux résultats de la droite traditionnelle pro-européenne. Le parti nationaliste s’est ensuite enfoncé dans les scandales et des luttes intestines acrimonieuses entre la présidente du parti, Marine Le Pen, et son père, fondateur de ce parti, Jean-Marie Le Pen (qui a finalement été suspendu du parti).