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L'Europe s'est égarée

WASHINGTON, DC – La réponse de l'Europe aux défis stratégiques auxquels elle est confrontée (l'agression russe en Ukraine, les réfugiés qui fuient la violence au Proche-Orient, les troubles en Afrique du Nord), donne l'impression que ses dirigeants n'ont absolument aucune idée de ce qu'ils doivent faire. Et en effet, ils n'en ont peut-être aucune idée : il faut l'admettre comme une réalité, plutôt que tenter de le cacher.

Autrement dit, l'économie stagnante de l'Union européenne conditionne sa réponse aux pressions externes auxquelles elle est confrontée : une crise interne a laissé une faible marge de manœuvre aux dirigeants européens. Heureusement, l'Europe a les moyens de résoudre cette crise si elle parvient à mobilier la sagesse et la volonté politique.

L'origine des problèmes de l'UE se situe dans sa réponse à la crise financière mondiale de 2008 : deux ans de relance budgétaire à grande échelle. Bien que cette mesure n'ait pas arrangé grand-chose pour la croissance, cela a abouti à une dette publique paralysante. Sept ans plus tard, le rendement par personne de l'UE n'est pas supérieur à ce qu'il était au début de la crise. Pendant ce temps, la dette publique moyenne a atteint 87% du PIB, ce qui laisse peu de place à la flexibilité ou à l'innovation politique.

Rétrospectivement, il est bien facile de dire ce qu'il aurait fallu faire. La Grèce, qui a effectué la plus grande relance budgétaire, est le pays dont l'économie a subi le plus de dégâts. Sa dépression continue, alors que des pays comme la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie, qui ont entrepris des ajustements budgétaires précoces et radicaux et ont libéralisé leurs économies, sont en forte croissance.