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Moyen-Orient: la faiblesse européenne

Dans les relations transatlantiques, rien n'est plus potentiellement porteur de division que la question de la sécurité d'Israël. De ce point de vue, malgré le rapprochement entre la France et les USA dont le point culminant a été la résolution commune adoptée par l'ONU, la dernière guerre du Moyen-Orient élargit et approfondit en réalité le fossé psychologique qui sépare l'Europe et les USA depuis le début de la guerre en Irak. Ce à quoi nous assistons ressemble à une version dans la vie réelle de la pièce de Pirandello intitulée A chacun sa vérité . Et en toute honnêteté, chaque camp détient une part de vérité.

Pour une majorité d'Américains, même s'ils ne sont pas d'accord avec les choix tactiques du gouvernement d'Ehoud Olmert, aujourd'hui plus que jamais Israël constitue la première ligne de défense de l'Occident contre l'Islam radical sous la houlette de l'Iran. Pour les Américains, contrairement à la précédente guerre du Liban en 1982, il ne s'agit pas d'une guerre choisie, mais d'une guerre nécessaire.

La majorité des Européens, même s'ils n'ont pas la moindre sympathie pour l'islam radical, qu'il soit sunnite ou chiite, considèrent l'offensive israélienne contre le Hezbollah, et son résultat, un Liban ravagé, comme autodestructrice pour Israël et un choc des civilisations potentiellement explosif entre l'islam et l'Occident. En fin de compte, la résolution du conflit entre Israël et ses voisins ne peut être que politique.

La fin de "l'histoire d'amour" entre l'Europe et Israël, très apparente dans la plupart des informations sur la guerre dans les médias européens, n'est qu'un élément d'un processus plus général, plutôt que le résultat d'un événement unique. Jusqu'à la Guerre des six jours en 1967, Israël bénéficiait du souvenir prégnant de la Shoah et de la culpabilité silencieuse de toute une génération d'Européens. La transformation de son image intervenue depuis est essentiellement un résultat du temps et de l'envergure qu'a acquis ce pays, accentué encore par le pouvoir des images à l'époque de la mondialisation.