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L'illusion de souveraineté et l'Europe

MADRID – L'Union européenne a conduit l'intégration démocratique (menée par la volonté libre de ses membres, plutôt que par la force militaire) à des niveaux sans précédent, en lui assurant sa place au rang de l'innovation institutionnelle. Mais aujourd'hui, l'opinion au sein de l'Union européenne semble pencher plutôt vers le « conflit » que vers la « coopération. »

Certains États membres font valoir leur droit souverain pour adopter des mesures unilatérales, même quand ils demandent une aide financière, tandis que d'autres agissent comme de simples créanciers, ignorant la souffrance sociale provoquée par l'actuelle crise de la dette. Pour reprendre la voie de l'intégration innovante, l'UE a besoin d'un nouveau cadre pour le débat public qui sous-tend la coopération efficace entre partenaires et amis, plutôt que d'attiser les conflits entre des rivaux apparemment inconciliables.

Dans l'ensemble, l'intégration européenne a été un processus harmonieux, ordonné et juste. Les pays membres moins riches ont bénéficié d'outils tels que les Fonds structurels et le Fonds de cohésion, qui ont fourni des ressources considérables pour leur permettre d'accroître leur revenu par habitant. Mais la crise économique prolongée a changé le point de vue de leurs citoyens, dont une proportion croissante considère leur adhésion à l'UE comme étant plus coûteuse que bénéfique.

Sans grande surprise, ce changement a motivé des revendications plus nombreuses de « souveraineté nationale » que les partis populistes, comme le parti grec récemment élu Syriza, ont traduit en victoires électorales. Tous ces partis, de droite comme de gauche, placent la souveraineté nationale en contradiction avec les soi-disant « puissances extérieures » et cherchent à faire pencher l'axe politique en conséquence. Ce point de vue réductionniste est le seul ciment qui maintient la coalition grecque au pouvoir.