0

Faire l’économie de la vie et de la mort

Vous êtes-vous jamais assis au chevet du lit de mort d’une vie statistique ? Les « vies statistiques » sont ce que les politiciens sauvent, ou laissent mourir, quand ils décident de l’allocation des ressources de santé publique.

La santé publique n’est pas le seul domaine où les décisions politiques sont des questions de vie ou de mort. Les programmes pour l’environnement destinés à réduire la pollution de l’air, les efforts faits dans le domaine éducatif pour informer sur les effets négatifs du tabac sur la santé, les mesures de sécurité routière qui permettent de réduire les accidents de la route : nombreuses sont les politiques qui sauvent des vies, et oublient d’autres vies qui auraient été sauvées si les fonds avaient été dépensés autrement.

Ainsi, si vous vous êtes un jour assis au chevet du lit de mort de quelqu’un, la réponse pourrait bien être oui : vous vous êtes assis un jour au chevet du lit de mort d’une vie statistique.

Même ainsi, nous préférons dire que Jean est mort du cancer, plutôt que de dire qu’il est mort suite à une décision politique ayant entraîné la fin du financement du dépistage du cancer. Ou que Marie est morte dans un accident de voiture, plutôt que de dire qu’elle est la victime d’une loi sur la circulation automobile. En bref, nous n’identifions généralement pas les décisions politiques comme la cause de chaque mort.