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Les moutons de l’assouplissement quantitatif

NEW HAVEN – Comme l’on pouvait s’y attendre, la Banque centrale européenne s’est désormais jointe aux autres grandes autorités monétaires de la planète dans la plus grande expérimentation menée au cours de l’histoire des banques centrales. À ce stade, nous ne connaissons que trop bien le déroulement des événements. Pour commencer, les banques centrales abaissent le taux directeur conventionnel jusqu’à la très redoutée « borne inférieure zéro. » Puis, confrontées à la persistance d’une économie fragile, mais à court d’outils conventionnels, elles entreprennent alors la démarche non conventionnelle de l’assouplissement quantitatif (QE).

Cette stratégie repose sur une théorie simple : dans l’incapacité de réduire davantage le prix du crédit, les banques centrales se concentrent alors sur le développement de sa quantité. L’argument implicite consiste à considérer cette réorientation, de l’ajustement du prix à l’ajustement de la quantité, comme l’équivalent fonctionnel d’un surplus d’assouplissement de la politique monétaire. Ainsi, même en présence de taux d’intérêt nominaux situés au plancher zéro, et toujours selon cette conception, les banques centrales conserveraient un certain nombre d’armes dans leur arsenal.

Mais ces outils sont-ils à la hauteur du défi ? Pour la BCE et la Banque du Japon (BDJ), toutes deux confrontées à des risques baissiers considérables pour leur économie et pour les niveaux de prix globaux, cette question revêt toute son importance. Pour ce qui est des États-Unis, où les retombées du QE restent à déterminer, la réponse à cette question est tout aussi porteuse de conséquences.

L’impact du QE repose sur les « trois T » de la politique monétaire : transmission (canaux via lesquels la politique monétaire affecte l’économie réelle) ; traction (réponses des économies aux mesures politiques) ; et cohérence sur plan temporel (promesse d’autorités à la crédibilité indéfectible consistant à atteindre des objectifs spécifiques tels que le plein emploi et la stabilité des prix). En dépit de la manière dont les marchés financiers célèbrent le QE, sans parler des accolades d’autosatisfaction observées à la Réserve fédérale américaine, l’analyse de ces trois T ferait bien d’inciter la BCE à prendre un moment de réflexion.