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La dérive vers les rapides

LONDRES – On nous dit que nous vivons des temps difficiles, avec de nombreux points d’inquiétudes et peu de certitudes réconfortantes. Mais, au fait, quel était exactement le degré de réconfort des certitudes passées ? 

J’ai grandi dans un monde dans lequel la paix et la stabilité étaient assurées par la menace d’un anéantissement nucléaire global. Mon premier semestre universitaire a coïncidé avec la crise des missiles cubains. L’Est communiste lorgnait par dessus le mur de Berlin sur l’Ouest capitaliste et démocratique. Les deux côtés menaient des guerres par procuration en Afrique et en Asie. Des dizaines de milliers d’hommes et de femmes sont morts au nom de la démocratie au Vietnam, vers lequel les étrangers se précipitent aujourd’hui pour investir leur argent. Des centaines de millions d’hommes et de femmes ont été laissés à la porte de la prospérité en Chine et en Inde par la folie de Mao Tsé-toung et le socialisme malavisé du Parti du Congrès.

Ces temps là étaient-ils vraiment meilleurs ? Et quels sont les gros problèmes qui aujourd’hui devraient nous faire perdre le sommeil ?

Et bien, en tout premier lieu, les problèmes actuels sont le résultat de succès passés. La terre compte quatre fois plus d’habitants qu’il y a cent ans, qui fabriquent 40 fois plus de produits et crachent 17 fois plus de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Voilà la question existentielle à laquelle le monde est aujourd’hui confronté et pour laquelle notre réponse demeure désespérément inappropriée.