13

Les choix de Donald Trump au Moyen Orient

TEL AVIV – Le président américain élu Donald Trump a fait de nombreuses déclarations dans le domaine des affaires étrangères, sans dire grand-chose en fait. Ses déclarations confuses ne permettent pas vraiment de comprendre le genre de politique étrangère qu’il poursuivra effectivement, et il n'y a pas beaucoup de raisons de croire que, lorsque son approche deviendra finalement plus claire, elle correspondra à ce dont les Etats-Unis – ou le monde – ont besoin.

Trump est un homme d'affaires, pas un homme d'État. Il pense en termes de pertes et profits immédiats – une vision du monde illustrée par ses déclarations selon lesquelles les alliés des États-Unis doivent contribuer davantage aux alliances de sécurité. A une époque où les défis changent et les menaces grossissent, il est peu probable que cette approche étroite d'esprit et isolationniste puisse être bénéfique pour qui que ce soit.

Chicago Pollution

Climate Change in the Trumpocene Age

Bo Lidegaard argues that the US president-elect’s ability to derail global progress toward a green economy is more limited than many believe.

Une région que Trump ne pourra pas ignorer est le Moyen-Orient. La crise en Syrie, en particulier, forcera les Etats-Unis à s’impliquer, bien que les choix de Trump soient limités. Après tout, les alliés djihadistes « modérés » de l'Amérique ne sont pas plus acceptables que le président Bachar al-Assad, et l'État soi-disant islamique est loin d'être vaincu.

L’ancien maire de New York Rudy Giuliani, un proche conseiller Trump et possible membre du cabinet de Trump, a identifié la défaite d’ISIS comme première priorité de la politique étrangère de l'administration. Trump a revendiqué qu'il en sait « davantage sur ISIS que les généraux ». Néanmoins, cela est peu probable. Après tout, la seule façon de vaincre complètement un mouvement qui se développe au milieu du chaos est de construire des Etats forts et compétents, une tâche pour laquelle Trump manque aussi bien d’envie que de patience.

Si Trump opte pour une approche purement militaire, il sera contraint d’observer que chaque « victoire » ne fera qu’appeler davantage de violence et de terreur. Tout en améliorant la position des USA parmi ses alliés sunnites, une conquête de Raqqa et Mossoul au moyen d’une campagne militaire menée par les USA soulagerait également la pression sur l'axe Russie-Iran-Hezbollah. Les milices chiites soutenues par l'Iran déclencheraient une tuerie contre les communautés sunnites à Mossoul après le départ d’ISIS. L'agitation et la pression sur les populations sunnites qui s’en suivraient alimenteraient un regain de terrorisme, qu'il soit associé à ISIS ou à de nouveaux groupes.

Quel que soit la tactique choisie par Trump en Syrie, elle sera sûrement influencée par le président russe Vladimir Poutine. Trump doit réduire la dépendance de l'Amérique par rapport à la Russie dans la guerre en Syrie, afin de s’opposer aux efforts de Poutine d'utiliser son influence en Syrie en vue d’obtenir un effet de levier à l'égard de l'Ukraine.

Bien sûr, il n’est pas certain que Trump veuille contester Poutine, pour qui le président élu a exprimé de l'admiration. Cependant, l’establishment de la sécurité et du militaire de l'Amérique, ainsi que des sénateurs républicains comme John McCain, ne permettront probablement pas à Trump de « rendre sa grandeur à la Russie » en capitulant à la fois sur la Syrie et sur l'Ukraine. Une concession sur l'Ukraine conforterait à elle seule la Russie au sein de sa prétendue « sphère d'influence », causant potentiellement la fin de l'OTAN.

A en juger par ses déclarations de campagne, Trump pourrait ne pas être inquiet au sujet du démantèlement de l'OTAN – ou de toute alliance de sécurité des États-Unis, du moins pas encore. Mais les résultats pourraient être désastreux, notamment parce qu’un manque de garanties et de structures de sécurité américaines pourrait stimuler la prolifération nucléaire.

La promesse de Trump de suspendre l'accord nucléaire avec l’Iran est particulièrement préoccupante. L'Iran a préparé le Hezbollah à être un proxy puissant précisément pour ces occasions où le pays aurait besoin de riposter à ses ennemis. En outre, la suspension de l'accord nucléaire ferait de l'Iran une puissance nucléaire en peu de temps. Dans une région sans architecture de sécurité collective, les groupes terroristes pourraient facilement acquérir leurs propres dispositifs nucléaires primitifs.

Compte tenu de cela, les anciens alliés de l'Amérique au Moyen-Orient – Arabie Saoudite, Egypte et Israël – seraient bien avisés d'abandonner leur opposition à l'accord avec Iran, et au contraire d’encourager Trump à le maintenir en place. De même, la promesse de Trump de réduire le financement aux alliés étrangers, dans le cadre d'une stratégie plus large « l’Amérique d'abord », devrait tempérer leur joie face à la victoire du nouveau président élu.

Un autre ancien allié qui pourrait façonner les choix de Trump au Moyen-Orient est la Turquie, qui a poursuivi un semblant de détente avec la Russie ces derniers mois. Pour sauver la relation bilatérale, Trump aurait à sacrifier le partenariat de l'Amérique avec les Kurdes, dont les milices en Syrie et en Irak ont été les alliés les plus fiables de l'Amérique dans les batailles pour Mossoul et Raqqa.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan veut peut-être vaincre l’ISIS, mais il désire surtout apaiser les ambitions des Kurdes vers plus d'autonomie. Récompenser les Kurdes pour leur aide en soutenant leur demande de création d’un Etat indépendant serait donc tellement inacceptable que, pour l'empêcher, Erdoğan pourrait même essayer de contrecarrer la défaite de l’ISIS. Si on ajouter à ceci l’opposition de l'Irak, de la Syrie et de l'Iran, il est clair que l'indépendance kurde n’est pas à l’ordre du jour.

La création d’un Etat palestinien, cependant, devrait l’être. A sa manière erratique, c’est ce que Trump a laissé entendre, alimentant l’espoir chez certains Palestiniens que son élection pourrait finir par jouer en leur faveur. Mais le mouvement des colons fanatiques d'Israël a l'impression contraire, considérant que la victoire de Trump représente une licence pour l'expansion effrénée de colonies dans les terres palestiniennes.

En fin de compte, la façon dont Trump utilise l'effet de levier américain dans le conflit israélo-palestinien – le seul au Moyen-Orient pour lequel les États-Unis bénéficient d'une telle influence incontestable – pourrait dépendre d'événements sur le terrain. Plus précisément, une frénésie de construction de colonies pourrait finir par déclencher une troisième Intifada palestinienne particulièrement féroce.

Fake news or real views Learn More

Mais Trump ne devrait pas attendre qu’une crise lui impose un ordre du jour. Au lieu de cela, il devrait reconnaître que, maintenant plus que jamais depuis 1948, les anciens alliés sunnites de l'Amérique ont une forte incitation à faire la paix avec Israël et à collaborer avec ce pays concernant la sécurité régionale, et qu'un tel arrangement ne pourrait être légitime que s’il est associé à la création d’un Etat palestinien. Étant donné que ce servirait aussi les efforts américains de réconciliation avec les peuples arabes, avec des conséquences positives pour les intérêts de sécurité nationale des USA, Trump ne devrait pas hésiter à prendre l'initiative.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont