hurricane aftermath Cedrick Isham Calvados/Getty Images

Agir pour freiner le changement climatique

DENVER – Après une saison d’ouragans sans précédent aux États-Unis et des inondations dévastatrices en Asie, on pourrait aisément désespérer de l’accélération du rythme du changement climatique. Pourtant, en dépit de ces présages apocalyptiques, une transition énergétique suffisamment importante et rapide pour limiter la hausse des températures moyennes mondiales est encore possible. Mieux encore, il n’est pas nécessaire d’attendre de nouvelles inventions pour mettre en œuvre les changements voulus ; cette transformation est réalisable aujourd’hui même, avec des solutions rentables développées par les entreprises et soutenues par les marchés.

The Year Ahead 2018

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Limiter la hausse de la température moyenne mondiale à +2°C par rapport au niveau préindustriel – l’objectif fixé par l’Accord de Paris sur le climat en 2015 – signifie d’une part réduire la dépendance aux combustibles fossiles et de l’autre modifier la manière dont nous exploitons les ressources naturelles, que ce soit au plan de l’agriculture, de l’industrie forestière ou de l’occupation des sols. De nouvelles études menées par le centre de recherche Rocky Montain Institute (RMI) montrent que ces deux objectifs sont possibles, et qu’ensemble, ils peuvent influer de manière positive sur la trajectoire du changement climatique.

Selon nos analyses, il existe des solutions concernant l’offre et la demande énergétiques futures et le stockage du carbone par les forêts et les sols qui, si elles sont appliquées, ralentiront énormément le rythme du réchauffement climatique. En accélérant la transition en cours vers des énergies propres, il sera possible de réduire davantage les émissions de gaz à effet de serre par rapport à ce qui est prévu en fonction des modes de consommation actuels.

Ce scénario n’est pas aussi utopique qu’il y paraît. Le monde est déjà en train de passer à des systèmes énergétiques plus propres et plus intelligents, à la mobilité électrique et à une meilleure occupation des sols, à ceci plus rapidement que quiconque, y compris les experts, ne l’avaient prévu.

Ce n’est pas la première fois que le rythme du changement est supérieur aux attentes. En 1980, par exemple, l’opérateur américain de services mobiles AT&T avait demandé au cabinet de conseil McKinsey de prédire le nombre de téléphones portables utilisés aux États-Unis au cours des vingt prochaines années. Les consultants ont estimé à 900.000 le nombre de portables sur le marché en 2000, alors qu’en réalité plus de 100 millions de téléphones portables ont été vendus cette année-là. Aujourd’hui, il y a plus de téléphones portables et de smartphones en circulation qu’il n’y a d’êtres humains sur la planète.

Les projections de croissance des énergies éolienne et solaire ont été tout aussi erronées. Pendant des décennies, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l'Agence gouvernementale américaine d'information sur l'énergie (EIA) ont constamment sous-évalué la rapidité de la croissance de l’offre issue de ces sources d’énergie. Ces agences ont progressivement révisé leurs prévisions à la hausse, sans qu’elles correspondent jamais à la réalité. Grâce aux innovations dans le secteur des énergies propres, les coûts de production d’électricité à partir de l’éolien et du solaire ont décliné, encourageant en conséquence une plus grande utilisation de ces sources d’énergie. Les modèles gouvernementaux n’intègrent en général pas de tels retours sur investissement.

La rapidité de la transition énergétique actuelle est également sous-évaluée en raison de son échelle, différente de celle des précédentes conversions à de nouvelles technologies. Lorsque les êtres humains sont passé de la combustion du bois à la combustion du charbon, puis du pétrole, ces « nouvelles » sources d’énergie provenaient de projets à très forte intensité capitalistique, comme les mines de charbon, l’exploitation en mer de gisements de pétrole et de gaz et les raffineries. Les coûts élevés de déploiement de ces projets ont ensuite été répercutés sur les consommateurs.

Mais sur le marché actuel de l’énergie, les consommateurs peuvent exercer davantage de contrôle. Qu’on imagine à quel point il est facile d’installer des panneaux solaires sur un toit, une journée y suffit. Des millions de petites machines – les cellules photovoltaïques, les éoliennes de petite taille, les batteries et les appareils intelligents – portent la transition énergétique actuelle. Chaque nouvel appareil connecté à ce système décentralisé est bon marché et aisément amorti, permettant des expérimentations à un coût abordable et une amélioration rapide des technologies utilisées. Cette évolution a donné lieu à l’émergence de multiples concurrents mondiaux, avec de nouveaux modèles commerciaux et des innovations en série qui permettent des économies d’échelle.

Le matériel de la révolution de l’énergie propre a plus avoir avec les téléphones et les ordinateurs portables qu’avec les mines et les raffineries. Et parce que ce matériel est vendu sur des marchés très importants, avec des chaînes de production adaptables et des technologies en phase de maturation, la transition vers une énergie propre se produit plus rapidement qu’escompté.

L’adoption rapide d’une énergie plus verte ne suffira toutefois pas à maintenir la température moyenne mondiale en deçà du seuil de +2°C par rapport à l’ère industrielle. Pour y parvenir, il faudra également réduire la proportion des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Heureusement, cela est aussi possible. En intégrant des stratégies de réduction de carbone dans les pratiques agricoles et la gestion des sols, il sera possible de stocker davantage de ces gaz dans les forêts et les sols. Mais si la technologie pour ce faire existe déjà, il faudra également accroître les techniques culturales sans labour, la permaculture, et le pâturage en rotation et améliorer la gestion des zones humides, entre autres mesures.

Même si les marchés ont la capacité d’opérer des changements radicaux dans l’utilisation de l’énergie et des terres, la saison cyclonique de 2017 nous rappelle que l’urgence climatique nécessite une action vigoureuse et rapide. Transformer la manière dont l’énergie est consommée et les terres utilisées exige de fortes mesures d’encouragement et des cadres stratégiques qui posent les jalons du succès.

Mais ne désespérez pas : il est encore temps de sauver le climat. La transition est déjà en cours – et elle se produira plus rapidement que prévu.

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