9

Les banques européennes peuvent-elles sauver l’UE ?

NEW YORK – L'amende de plusieurs milliards de dollars récemment imposée par le gouvernement des États-Unis à la banque allemande Deutsche Bank pour avoir vendu de manière trompeuse des titres hypothécaires aux États-Unis n’a pas contribué à améliorer la confiance dans l'Union européenne, qui reste en proie à une croissance économique lente, un chômage élevé, des problèmes liés à l’immigration et toujours plus d’incertitude. Ce que le scandale de la Deutsche Bank a fait, c’est de mettre en évidence une option de dernier recours – une sorte de « passe Ave Maria », pour utiliser un terme de football américain – qui pourrait potentiellement sauver le projet européen.

Alors qu’elle représente environ 20% du PIB mondial, la zone euro n'a aucune banque parmi les 10 plus grandes mondiales ni aucune institution de services financiers dans le classement mondial FT 500. Les dommages collatéraux d'un tel système bancaire fragmenté et vulnérable sont évidents dans la performance relativement faible de l'Europe dans d'autres secteurs, tels que la technologie et l'énergie, qui sont vitaux pour l'avenir économique des membres de l'UE.

Chicago Pollution

Climate Change in the Trumpocene Age

Bo Lidegaard argues that the US president-elect’s ability to derail global progress toward a green economy is more limited than many believe.

L'Europe ne manque pas de banques : l'Allemagne en compte plus de 1500 et l'Italie plus de 600. Mais beaucoup d'entre elles sont ce qu’on appelle des « banques zombies » avec trop de branches, trop peu de dépôts et des coûts de financement qui dépassent de loin ceux des banques internationales les plus performantes.

En fait, selon le Fonds monétaire international, environ un tiers du secteur bancaire en Europe, ce qui représente un actif de 8,5 billions de dollars, reste faible et incapable de générer des profits durables. Tout cela crée des risques importants qui pèsent sur l'économie de l'UE et, en fin de compte, l'expérience politique européenne dans son ensemble.

Pour rétablir la stabilité du système bancaire européen, il faudra, d’après la propre estimation du FMI, qu’au moins un tiers des banques européennes ferment ou fusionnent. En ce qui concerne la Deutsche Bank, les spéculateurs du marché semblent déjà être en attendre d’une fusion, comme par exemple avec la Commerzbank, une autre institution allemande.

Or, si pareille fusion doit devenir la première étape d’une consolidation du secteur bancaire européen et d’un renforcement de l'UE, elle devrait dépasser les frontières nationales, rapprochant la Deutsche Bank avec une institution financière française et / ou italienne significative. Une telle approche pourrait fondamentalement augmenter la crédibilité politique de l'UE, ce qui est peut-être le plus important pour garder le rêve de l'UE en vie.

Une fusion bancaire transfrontalière européenne aurait plusieurs avantages. Comme toute fusion, la consolidation de banques faibles et peu performantes leur permet de renforcer leurs bilans et de restructurer les prêts non performants – estimés à environ 1 billion d’euros (1,1 billions de dollars), soit à peu près trois fois plus que d'autres juridictions mondiales – ce qui bénéficie à l’ensemble de l’économie.

Mais une fusion transfrontalière créant une sorte de super-banque européenne serait encore plus efficace pour relever les défis opérationnels chroniques (en particulier, en termes de liquidité et de capital). Plus important encore, ce type de restructuration financière ouvrirait les canaux du crédit qui sont essentiels pour financer les investissements et stimuler la croissance économique.

Une fusion transfrontalière européenne donnerait également à une région clé de l'économie mondiale une banque de taille proportionnelle à son importance mondiale. Un champion bancaire européen serait beaucoup plus compétitif au niveau mondial, rivalisant avec la force des banques dominantes américaines.

La création d’une telle institution est particulièrement urgente aujourd'hui, étant donné que de nombreux pays dans le monde entier semblent rejeter de plus en plus l’ouverture économique au profit de davantage de politiques protectionnistes et d'une balkanisation des réglementations. Dans un monde plus fragmenté, moins globalisé et où les flux de capitaux transfrontaliers sont en baisse – l’an dernier, selon l’Institute of International Finance, les flux nets de capitaux vers les marchés émergents ont été négatifs pour la première fois depuis 1988 – l'infrastructure bancaire européenne devra devenir plus large et plus profonde afin de prospérer.

La troisième raison – et peut-être la plus importante – pour laquelle des fusions transfrontalières pourraient être la clé pour sauver le secteur bancaire européen est qu’elles signaleraient aux participants du marché ainsi qu’aux citoyens européens que les dirigeants politiques sont déterminés à poursuivre l'intégration européenne. Encore une fois, le contexte politique et économique augmente l'urgence d'une telle démarche. Les progrès vers une intégration fiscale sont au point mort. Les objectifs nationaux prennent désormais souvent le pas sur la coopération. Et le Royaume-Uni est sur le point d’entamer les négociations pour sortir entièrement de l'Union européenne – une décision qui peut raisonnablement être considérée comme un acte d'accusation du modèle actuel de l’intégration européenne.

Du point de vue des marchés financiers et des investisseurs, une fusion transfrontalière serait considérée positivement et renforcerait la confiance. Même pour les citoyens ordinaires, toute indication que l'UE n’est pas simplement en train de se désagréger aurait des avantages importants, offrant un semblant d'assurance dans un environnement très incertain.

Bien sûr, une fusion transfrontalière est une proposition radicale. Le montant de volonté politique nécessaire ne sera pas facile à rassembler.

Mais, sans audace, on reste sur place. La vérité est que, sans preuve crédible et transparente d’approfondissement des liens – non seulement en matière fiscale, mais aussi dans les affaires et la finance (l'épine dorsale d'une économie moderne) – l'UE restera une collection de pays vaguement connectés peu crédible. Comme nous l'avons vu au cours des dernières années, un tel système ne résoudra pas les difficultés économiques de ces pays.

Fake news or real views Learn More

On pourrait rétorquer que ce n’est pas le moment de pousser vers une plus grande intégration. La situation est trop fragile et l'opposition populaire trop forte. Si la croissance était au moins passable, pourraient dire les sceptiques, l'environnement politique serait beaucoup plus favorable. Le problème est que la structure disjointe actuelle de l'UE ne tiendra pas. Si une action forte n’est pas prise rapidement, les fissures vont se creuser, générant une discorde politique de plus en plus puissante et, finalement, vouant l'ensemble du projet européen à l’échec.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont