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Démocratie sans démocrates

Le philosophe Karl Popper avait toute raison de proposer une définition précise de la démocratie. La démocratie, disait-il, est le meilleur moyen de remplacer au pouvoir nos dirigeants sans effusions de sang. Sa méthode préférée était, bien sûr, l'urne électorale.

La définition de Popper évite les querelles de chappelle sur la « loi du peuple » et sur sa possible existence ou absence. Cela nous évite également d'autres tentatives pour y faire entrer toutes sortes de visées attrayantes tels que l'égalité en termes sociaux aussi bien que techniques, une théorie générale sur le véritable processus de « démocratisation » ou encore l'ensemble des vertus civiques de la participation.

Cependant, la définition de la démocratie selon Popper ne nous aide aucunement quand il s'agit de sujets particuliers dans certaines régions du globe : que fait-on quand les dirigeants remplacés croyaient en la démocratie et leurs successeurs n'y adhèrent pas ? Que fait-on, autrement dit, quand les mauvaises personnes arrivent au pouvoir ?

On ne manque pas d'exemple. En Europe, des partis au pédigree démocratique douteux s'en sont bien sortis ces dernières années : Jörg Haider en Autriche, Christoph Blocher en Suisse, Umberto Bossi en Italie, Jean-Marie Le Pen en France - la liste est longue. Au mieux, les victoires électorales de tels groupes rendent difficile la formation de gouvernements responsables, au pire ils laissent présager des mouvements antidémocrates très actifs et capables de gagner une élection à la majorité.-