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L'Europe, la démocratie et la théorie de l'engagement stratégique

CHICAGO – Depuis la fin des années1970, la théorie des jeux s'est répandue dans les milieux universitaires, ce qui a conduit les macroéconomistes à insister sur la notion d'engagement - une stratégie qui limite le degré de liberté des décideurs politiques, ceci pour améliorer les résultats économiques à long terme. Cela paraît contre-intuitif : comment moins de quelque chose peut-il conduire à une amélioration ?

Même si elle n'est pas historiquement exacte, la légende de Hernan Cortés est l'un des meilleurs exemples d'engagement stratégique. Voulant conquérir le Mexique, il décida de brûler les navires sur lesquels il était venu d'Espagne avec son armée. A première vue cet acte parait insensé : pourquoi détruire volontairement le seul moyen de se sauver en cas de défaite ? Cortés aurait expliqué qu'il a fait cela pour motiver ses troupes. Sans fuite possible, les soldats étaient encore plus motivés pour l'emporter. Alexandre le Grand aurait fait quelque chose d'analogue lors de la conquête de la Perse.

Pour être efficace, un engagement stratégique doit être crédible - autrement dit, il doit avoir un caractère irréversible. En ce sens, la stratégie de Cortés était parfaite : en cas de défaite, les Espagnols ne pouvaient reconstruire les navires brulés. Mais un engagement stratégique doit aussi être coûteux en cas d'échec : si Cortés avait perdu, aucun soldat espagnol n'en serait sorti vivant. C'est précisément ce qui contribué à motiver ses troupes.

Evidemment, nous ne connaissons que les réussites de cette stratégie. Si Cortés avait échoué, il aurait sombré dans l'oubli ou aurait laissé l'image d'un personnage illuminé et arrogant, se croyant capable de battre tout un empire.