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Démocratie ou finance?

LONDRES – Le « shorting » est une tactique bien connue des spécialistes de la finance. Cela revient à parier contre un actif avec de l’argent emprunté avec l’objectif de réaliser un profit lorsque sa valeur baissera.

Un spéculateur peut « shorter » un gouvernement en empruntant sa dette à son prix courant dans l’espoir de la revendre ultérieurement à un prix inférieur pour empocher la différence. Par exemple : le 1er janvier 2010, je me dis que les dés sont jetés pour les Grecs. J’emprunte à valeur faciale à Goldman Sachs 10 millions d’euros en obligations d’état 2016, qui se négocient alors à 0,91euro pour six mois. Pour cela, je dois payer Goldman Sachs le rendement qu’elle percevrait de ces obligations – autour de 5% par an à ce prix, soit environ 2,5%, ou 250 000 euros – pendant six mois.

Je vends immédiatement ces obligations sur le marché, pour 0,91 euros, je perçois donc 9,1 millions d’euros (€0,91 x €10 millions à valeur nominale). Fort heureusement, la perspective baissière se confirme en mai, alors que se confirme aussi l’ampleur des problèmes budgétaires du pays. Dès le 30 juin, date à laquelle je suis supposé rembourser les 10 millions d’euros à valeur nominale des obligations 2016 grecques à Goldman Sachs, l’obligation ne se négocie qu’aux alentours de 0,72 euro. Donc je rentre sur le marché, j’achète 10 millions d’euros à une valeur nominale de 0,72 euros, soit 7,2 millions d’euros, et rends les certificats d’obligations à Goldman Sachs comme convenu.

Mon bénéfice pour avoir misé sur une tendance baissière est donc de 1,65 millions d’euros – les 9,1 millions d’euros que j’ai perçu par la vente des obligations empruntées en janvier 2010, moins les 7,2 millions d’euros que j’ai dû payer pour les racheter le 20 juin, moins les 250 000 euros d’intérêts que je devais payer à Goldman Sachs pour six mois. Voilà – une transaction « short » réussie.