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L’heure des décisions a sonné pour la zone euro

ATHÈNES – Les arguments de l’Allemagne contre la création d’euro-obligations, contre l’expansion du Fonds de secours de la zone euro et la mise en place d’un système détaillé de gouvernance économique sont transparents et faciles à comprendre. Sont-ils justes pour autant ?

Les Allemands craignent que ces innovations entraînent une hausse du coût du crédit en Allemagne, et des transferts fiscaux directs et indirects vers des pays moins riches. Ils mettent également en garde contre l’aléa moral créé par le fait de venir en aide à des pays surendettés en les libérant des pressions leur demandant de mettre de l’ordre dans leurs finances. Troisièmement, ils avancent des difficultés d’ordre constitutionnel et liées aux traités de l’Union concernant l’adoption de règles et de procédures qui simuleraient une « union fiscale ». Ils estiment enfin que la nécessité de faire avancer l’unification européenne de façon à légitimer l’empiètement inévitable sur la souveraineté de pays surendettés pourrait un jour empiéter également sur la souveraineté allemande.

D’un autre côté, refuser de reconnaître le consensus croissant sur le rôle clé que jouerait une union fiscale pour résoudre la crise de la dette expose la zone euro, et l’Allemagne, à des risques sérieux. S’en tenir à des demi-mesures exacerbe l’impatience des marchés et donne lieu à des attaques spéculatives de plus en plus déterminées, pas seulement contre les pays plus faibles de la périphérie, mais également contre les pays du cour de la zone euro qui bénéficient de la note AAA – comme la France, et éventuellement l’Allemagne – dont les secteur bancaires détiennent des volumes importants de la dette des pays périphériques.

En fait, la dégradation des conditions bancaires apparaît aujourd’hui comme une grave menace pour le rétablissement et la stabilité de la zone euro. Dans le cas d’un défaut souverain, le coût de sauvetage des banques pourrait en outre excéder, de loin, le coût d’émission d’euro-obligations ou de mise en place d’un régime de transfert raisonnable. Les investisseurs doivent recevoir l’assurance que les coûts de service de la dette sont sous contrôle et que les volumes des dettes et les limites des déficits sont suivis de très près de façon à minimiser les risques de défaut de paiement et à renforcer les capacités des banques à paver la voie pour une croissance durable.