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David Cameron et le Waterloo de l’Union européenne

PRINCETON – Il y a deux cents ans ce mois-ci, à la bataille de Waterloo, la défaite infligée à Napoléon Bonaparte par l’armée des Alliés, commandée par le duc de Wellington, a redéfini l’avenir de l’Europe. La Grande-Bretagne semble aujourd’hui prête à récidiver.

Le Royaume-Uni, dont le nouveau gouvernement à majorité conservatrice s’est engagé à tenir un référendum sur le retrait du pays de l’Union européenne d’ici la fin 2017, voire l’année prochaine, n’est pas l’aberration qu’on se complaît à décrire. En fait, il est à l’avant-garde de l’atrophie institutionnelle de l’UE. Même s’il reste membre de l’UE, le Royaume-Uni continuera à s’éloigner de l’Europe. Compte tenu des débouchés commerciaux plus attrayants ailleurs dans le monde, la plupart des pays européens feront de même.

Pour l’UE, répondre aux demandes du Royaume-Uni – restreindre les avantages sociaux des travailleurs migrants, supprimer les réglementations qui pourraient nuire à la City de Londres et désavouer l’objectif d’une « union sans cesse plus étroite » - nécessiterait une transformation fondamentale, dont des modifications totalement impossibles des traités fondateurs de l’Europe. Les discussions portent en conséquence aujourd’hui sur la possibilité d’accorder un statut particulier au Royaume-Uni ou de lui permettre de déroger à certaines dispositions de l’UE.

Mais compte tenu des doutes croissants concernant les avantages de l’intégration, même cette solution risque de déconstruire l’Europe. En soulignant que l’Europe n’offre plus de dividende économique, l’éloignement britannique de l’UE incitera d’autres pays à demander des changements. Pour le dire simplement, l’éventualité d’un « Brexit » a révélé les failles économiques et politiques de l’Europe – sans qu’il soit possible de faire marche arrière.