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Ecrire l’avenir

ADDIS ABABA – Quel avenir pour l’économie globale ? Les niveaux de vie vont-ils progresser partout dans le monde, puisque les pays pauvres d’aujourd’hui s’approprient directement les dernières technologies afin de rattraper leur retard sur les pays plus riches ? Ou la prospérité nous glissera-t-elle entre les doigts, entrainée par l’avidité et la corruption qui nous conduisent à épuiser nos ressources vitales et à dégrader l’environnement naturel dont dépend le bien-être humain ? L’humanité n’est confrontée à aucun autre défi majeur que celui d’assurer un monde de prospérité plutôt qu’un monde de ruines.

Tout comme un roman proposant deux fins possibles, le nôtre est une histoire qui reste à écrire dans ce nouveau siècle. Il n’y a rien d’inévitable en matière de propagation – ou de perte – de prospérité. Plus que tout (ou peut-être plus que nous ne serions prêts à l’admettre), l’avenir est une question de détermination, et non une simple prédiction.

 1972 Hoover Dam

Trump and the End of the West?

As the US president-elect fills his administration, the direction of American policy is coming into focus. Project Syndicate contributors interpret what’s on the horizon.

En dépit de l’actuelle crise économique en Europe et aux Etats-Unis, le monde en développement a soutenu une croissance économique rapide. Selon le Fond Monétaire International, la perspective de croissance des économies avancées n’est que de 1,5% pour 2013, tandis que celle des pays en développement devrait atteindre 5,6%. Les perspectives concernant les économies émergeantes de l’Asie, désormais les chefs de file du monde, sont de l’ordre de 7,2%, tandis que celles, florissantes, de Afrique sub-saharienne devraient être de l’ordre de 5,7%.

La situation est à la fois percutante et évidente. Les technologies qui par le passé ne se trouvaient que dans les pays riches appartiennent aujourd’hui au monde entier. La diffusion des téléphones portables en Afrique sub-saharienne, par exemple, ne concernait il y a vingt ans que quelques très rares abonnés ; ils sont environ 700 millions aujourd’hui. Grâce à ces téléphones, les pauvres ont désormais accès aux services bancaires, aux soins de santé, à l’éducation, aux affaires, aux services publics et aux loisirs. D’ici quelques années, la grande majorité du monde aura accès au haut débit sans fil.

Il y a aussi une autre vérité. L’année dernière fut l’année la plus chaude jamais enregistrée aux Etats-Unis. La sécheresse a frappé environ 60% des comtés américains, dont les états céréaliers du Midwest et les grandes plaines. En octobre, une extraordinaire super-tempête frappait la côte atlantique autour du New Jersey, causant des pertes pour un montant d’environ 60 milliards de dollars. Les problèmes climatiques – inondations, sécheresses, canicules, orages extrêmes, feux de forêts géants, et plus encore – ont aussi ravagés d’autres parties du monde en 2012, en Chine, en Australie, en Asie du sud-est, aux Caraïbes et dans la région sahélienne de l’Afrique.

Ces désastres naturels reviennent à une fréquence accélérée, causés en partie par les actions de l’homme, comme la déforestation, l’érosion des côtes, la pollution massive et bien sûr, les émissions de gaz à effet de serre qui modifient le climat de la planète et contribuent à acidifier les océans. Ce qui est nouveau est que ces fléaux comme le changement climatique – jusqu’à récemment qualifiés de menaces futures – sont désormais des dangers avérés et bien présents. Les scientifiques ont même donné un nom à notre ère, l’Anthropocène, dans laquelle l’humanité (« anthropos » en grec) a un impact majeur sur les écosystèmes de la planète.

Là est notre plus grand défi – déterminer si nous poursuivrons la voie de la prospérité ou celle de la ruine. Les pays en développement à la croissance rapide ne peuvent pas simplement se contenter d’emprunter le même modèle de croissance que celui adopté par les pays aujourd’hui riches. Si c’était le cas, l’économie mondiale pousserait la planète au-delà des limites de sécurité d’exploitation. Les températures vont augmenter, les orages seront plus violents, les océans plus acides, menaçant d’extinction nombres d’espèces dont les habitats seront détruits.

La réalité est que l’humanité est confrontée à un choix difficile. Si le modèle de croissance actuel de l’économie mondiale est maintenu, nous devrons faire face à un désastre écologique. Si l’économie mondiale adopte un nouveau modèle de croissance – un modèle exploitant les technologies avancées comme les téléphones intelligents, le haut débit, l’agriculture de précision et l’énergie solaire – nous serons en mesure de propager la prospérité tout en sauvant la planète.

J’appelle le modèle de croissance actuel l’option « les affaires reprennent, comme d’habitude » ; le modèle de croissance avec technologie intelligente, par contre, est l’option du développement durable. L’option « les affaires reprennent, comme d’habitude » peut fonctionner pendant un temps mais se terminera par des larmes, tandis que l’option du développement durable peut conduire à une durable prospérité.

Alors que faudra-t-il pour écrire une fin heureuse ? D’abord, nous devons admettre que nous, en tant que société globale, avons un choix à faire. L’option « les affaires reprennent, comme d’habitude » est confortable. Nous croyons la comprendre. Ce n’est pourtant pas suffisant : sur notre trajectoire actuelle, la prospérité à court terme porte en elle le coût de trop de crises à venir.

Deuxièmement, il faut utiliser les puissants nouveaux outils et technologies que nous avons à notre disposition. L’utilisation des technologies avancées de l’information – ordinateurs, cartographie par satellite, traitements des images, systèmes experts, etc. – nous permet désormais de faire pousser des aliments avec moins de dommages pour l’environnement ; d’améliorer la santé publique pour les riches comme pour les pauvres ; de distribuer plus d’électricité en réduisant les émissions de gaz à effet de serre ; et de rendre nos villes plus vivables et plus saines, même si leur population se multiplie par millions du fait de l’urbanisation croissante.

Troisièmement, nous devons définir des objectifs audacieux pour les années à venir – afin de propager la prospérité et d’améliorer la santé publique tout en sauvant la planète. Il y a cinquante ans, le président américain John F. Kennedy avait déclaré que nous devions aller sur la lune, non parce que c’était facile, mais parce que c’était difficile – un manière de prouver le meilleur de nous mêmes. Pour notre génération, le développement durable sera notre test, nous encourageant à utiliser notre créativité et nos valeurs humaines pour déterminer la voie vers un bien-être durable sur notre planète surpeuplée et en danger.

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Je suis fier et honoré d’avoir été sollicité par le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon pour contribuer à mobiliser les meilleurs experts mondiaux afin d’atteindre cet objectif. Les meilleurs talents et compétences de nos sociétés – dans le milieu universitaire, celui des affaires, les ONG, et surtout parmi les jeunes générations – sont prêts à s’atteler à nos plus grands défis et rejoignent le nouveau Réseau des Solutions pour le Développement Durable de l’ONU. Dans les mois et les années à venir, ces leaders partageront leurs visions d’une société globale prospère et durable.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats