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L’héritage de Cory Aquino

MANILLE – L’ancienne présidente Corazon Cojuangco Aquino, qui vient de mourir – « Tita Cory » pour la plupart des 92 millions de Philippins – nous a laissé un précieux héritage : celui de la liberté, avec laquelle les Philippines ont, à l’instar d’autres peuples opprimés dans le monde entier, enfin pu renouer. La révolution dont elle a pris la tête en 1986 fut la première des « révolutions de velours » qui libérèrent des millions de personnes, de Manille à Séoul, de Johannesburg à Prague et de Varsovie à Moscou. La révolution de la présidente Aquino est à vrai dire l’un des épisodes de l’histoire de mon pays dont nous pouvons tirer le plus de fierté, et la contribution unique de notre peuple à l’épopée qu’est la longue lutte de l’humanité pour la liberté et la dignité.

Cory Aquino su inciter les Philippins ordinaires à faire preuve d’un courage et d’une abnégation sans précédent à un moment où leur volonté avait été presque brisée par 14 années de dictature. Tant que son mari Ninoy Aquino vivait, elle – en tant qu’épouse modeste, mais attentive – fut l’influence stabilisatrice qui tempérait son caractère dynamique. Mais après l’assassinat du sénateur Ninoy Aquino en août 1983, elle endossa résolument son rôle de dirigeant de l’opposition démocratique face à un régime despotique en fin de course.

Sans affectation, ni prétention – « simplement en disant aux gens ce que le dictateur avait fait de leur pays » - elle a su toucher le cœur de millions de Philippins amoureux de la liberté partout dans le monde, tandis que la douleur de l’assassinat brutal de son mari par le régime leur rappelait leurs propres souffrances et espoirs déçus.

C’est en son nom que des Philippins concernés mobilisèrent amis et voisins pour faire face aux chars, aux fusils et aux barbelés des régiments de la dictature. Et, Dieu dans sa sagesse infinie, fit que la mobilisation des citoyens ordinaires débouche sur la révolution non violente qui renversa Ferdinand Marcos.