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Le plan d'action nécessaire de Jeremy Corbyn

BRIGHTON – Sept économistes (dont Joseph Stiglitz, Thomas Piketty et moi) ont accepté de devenir les conseillers économiques de Jeremy Corbyn, le nouveau chef du Parti travailliste britannique. J'espère que nous aurons un objectif commun pour aider le Parti travailliste à formuler une politique économique fondée sur les investissements, inclusive et durable. Nous apporterons au débat différentes idées, mais les suivantes sont mes propres réflexions sur le genre d'action progressive dont le Royaume-Uni (et le reste du monde), ont actuellement besoin.

Quand le Parti travailliste a perdu les élections en mai dernier, il a fait l'objet de nombreuses critiques (même de la part de ses propres députés membres du gouvernement), pour son échec à englober les milieux d'affaires « créateurs de richesses ». Mais si les entreprises créent clairement des richesses, il en va de même des travailleurs, des institutions publiques et des organisations de la société civile, qui grâce à des partenariats dynamiques, sont des moteurs de la productivité et de la croissance à long terme. En effet, un plan d'action économique progressiste doit avant toute chose reconnaître que la création de richesses est un processus collectif et que les résultats sur le marché sont le produit des interactions entre plusieurs types de « créateurs de richesses » distincts.

Nous devons abandonner la fausse dichotomie qui oppose les gouvernements aux marchés et commencer à concevoir plus nettement les résultats sur le marché que nous désirons. Il y a une foule de leçons à tirer des investissements publics qui ont été orientés vers un objectif précis, plutôt que sur ceux qui se sont concentrés sur le fait de « faciliter » ou de « fournir des mesures incitatives » aux entreprises. La politique doit activement façonner et créer des marchés et non pas simplement les remettre d'aplomb quand ils ne fonctionnent plus.

En effet, les politiques traditionnellement considérées comme étant « favorables aux entreprises » comme les crédits d'impôts et les taux d'imposition plus bas, peuvent être mauvaises pour les entreprises à long terme, si elles limitent la future capacité des gouvernements à investir dans les secteurs qui augmentent la croissance orientée vers l'innovation. De même, il est temps de passer du débat sur l'austérité à une nouvelle conversation sur la manière d'établir des partenariats intelligents entre les secteurs public et privé, de tels partenariats pouvant être mutuellement bénéfiques pour alimenter des décennies de croissance.