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Transformer la COP27 en tournant historique pour les systèmes alimentaires

TOKYO – Après des décennies de progrès dans la réduction de l'insécurité alimentaire, la tendance est en train de s'inverser. Le nombre de personnes sous-alimentées est à nouveau en hausse. Rien qu'en Afrique, 310 millions de personnes risquent de souffrir de famine chronique d'ici 2030 si aucune mesure d'urgence n'est mise en place. Pire encore, de très nombreux facteurs menacent de mettre les systèmes alimentaires en échec. De dangereux points de non-retour sur le climat s'approchent plus rapidement que prévu et des dizaines de millions de personnes souffrent d'une crise du coût de la vie, de conflits mondiaux en cours, perte de biodiversité et des effets persistants de la COVID-19.

Il est encore temps de placer le système alimentaire mondial sur une trajectoire plus juste, plus durable et plus résiliente, mais il est urgent de saisir cette chance dès à présent. Heureusement, le gouvernement égyptien a placé l'alimentation et la nutrition au centre de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP27) à Charm el-Cheikh, ce qui signifie que la question sera plus importante que jamais auparavant. Le Sommet des dirigeants mondiaux, au début de la conférence, s'est concentré sur la crise de la sécurité alimentaire et le Pavillon des systèmes alimentaires (une autre première de la COP) a veillé à ce que l'alimentation et l'agriculture restent en tête de l'ordre du jour tout au long de cet événement de deux semaines.

L'agriculture à elle seule est responsable d'environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre et est le principal moteur de la perte de biodiversité. Elle est également liée à 92 % de l'empreinte mondiale en eau, car le secteur est le plus grand utilisateur et le plus grand pollueur d'eau douce. De manière perverse, même si le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë augmente, un tiers de toute la nourriture produite dans le monde est soit perdue, soit gaspillée.

Les discussions sur le lien entre les systèmes alimentaires et le climat à la COP27 devraient porter sur quatre domaines prioritaires. Le premier est le leadership politique. Les 7 et 8 novembre, le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi a convoqué des chefs d'État et de gouvernement pour discuter de la crise mondiale de la sécurité alimentaire et de la réponse du monde à cette crise. Les dirigeants politiques, les capitaines d'industrie et dirigeants d'organisations philanthropiques ont donc eu une rare occasion de faire avancer des engagements majeurs et de mettre en place des feuilles de route claires pour réformer les systèmes alimentaires, en mettant l'accent non seulement sur le financement, mais également sur le soutien aux petits exploitants agricoles et sur l'adoption de technologies numériques dans le secteur agricole.

La deuxième priorité consiste à combler le fossé significatif et injuste de financement du climat mondial, qui reflète un échec de nombreux pays du Nord à respecter leurs engagements. Les pays africains ont, à juste titre, appelé à une augmentation importante du financement de l'adaptation au climat. La communauté internationale doit répondre directement à cette demande et à l'échelle requise. Seulement 3 % du financement mondial du climat actuel est destiné à l'agriculture et à l'utilisation des terres. Il en faut beaucoup plus pour assurer une production alimentaire durable, qui à son tour peut apporter des bénéfices à des milliards de personnes, ainsi qu'au climat et à d'autres espèces.

Les petits exploitants agricoles ont particulièrement besoin de soutien. Moins de 2 % du financement du climat revient à cette cohorte, même si elle produit près d'un tiers de la nourriture mondiale et exploite un quart des terres agricoles mondiales. Le développement d'un meilleur système alimentaire nécessite un leadership politique, privé et philanthropique à grande échelle pour aider les petits exploitants agricoles à adopter des pratiques agricoles plus résistantes au climat.

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Un troisième domaine d'intérêt devrait être celui des engagements nationaux et de leur mise en œuvre. Il y a un an, le Pacte de Glasgow pour le climat a appelé tous les pays à revoir leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) et à renforcer leurs objectifs de réduction des émissions pour cette décennie décisive. Cependant, quelques pays seulement ont agi en ce sens, ce qui constitue un risque de dérive et de retard supplémentaire.

En outre, alors que de nombreuses CDN font référence à l'alimentation et à l'utilisation des terres, seuls quelques pays comme la Colombie et les Émirats arabes unis se sont engagés activement dans des objectifs sectoriels et dans des actions concrètes. Tous les pays devront renforcer leurs travaux sur les « aspects pratiques de la mise en œuvre » en soutenant des stratégies locales et en intégrant les engagements des CDN dans les cadres nationaux de planification et de budget.

Le quatrième domaine prioritaire est l'activité du secteur privé et de la société civile, qui est tout aussi importante que l'élaboration des politiques et les investissements des gouvernements nationaux. Les entreprises devraient adopter des objectifs fondés sur la science pour respecter leurs engagements climatiques et pour protéger leur propre avenir économique. Ceci est tout particulièrement vrai pour les entreprises mondiales de matières premières et de commerce, de peur qu'elles ne finissent par se soustraire à leurs engagements en matière de développement durable, notamment en matière de réduction de la déforestation.

Les régions et les grandes villes peuvent également adopter des plans ambitieux de système alimentaire et les communautés locales peuvent faire un travail remarquable et global pour rendre leurs systèmes alimentaires plus justes et plus résistants – que ce soit en réduisant les pertes et les déchets alimentaires, en poursuivant la restauration des paysages ou en trouvant des alternatives au charbon de bois. Bien sûr, les principaux philanthropes du monde peuvent et doivent augmenter considérablement leur financement en faveur des systèmes alimentaires.

Nous espérons que tous ces acteurs vont se réunir ce mois-ci pour lancer un mouvement collectif en faveur de la réforme du système alimentaire – qui est crucial à la fois pour les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat et pour les Objectifs de Développement Durable de l'ONU pour 2030. L'Égypte pourrait être un tournant historique pour l'alimentation et le climat. Les dirigeants de tous les secteurs ont la responsabilité collective de prendre des mesures en ce sens.

https://prosyn.org/3L0DLf0fr