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Pour ou contre le contrôle des capitaux ?

SANTIAGO –  Le débat sur le contrôle des capitaux  est vraiment surprenant. Si l'on évoque cette question avec un banquier ou un économiste classique, il faut s'attendre à une réaction véhémente : le contrôle des capitaux est inefficace parce que les spéculateurs s'y soustraient sans difficulté, alors qu'il revient très cher aux pays qui y ont recours. Suis-je le seul à trouver ce raisonnement étrange ?

La suite de la conversation est tout aussi étrange. Dans le cadre d'une augmentation d'un flux de capitaux entrant potentiellement déstabilisateur, le contrôle des capitaux est sûrement à rejeter, alors que la régulation prudentielle convient parfaitement. On vous dira que le contrôle des capitaux est mauvais parce qu'il établit une discrimination en fonction du pays de résidence des parties en cause. Par contre la régulation prudentielle fait une discrimination basée sur les devises ou sur la maturité des titres échangés, ce qui est parfaitement adapté.

Voilà où en était le débat jusqu'à il y a peu. La grande avancée intellectuelle est venue du FMI qui fut pourtant un ennemi résolu du contrôle des capitaux. Mais maintenant les économistes du FMI ne considèrent plus ce dernier comme l'affrontement du bien contre le mal et la traitent comme une mesure financière ordinaire avec des avantages et des inconvénients que l'on peut mesurer et comparer. Il est désormais classé parmi les autres outils que des dirigeants politiques avisés peuvent utiliser si les circonstances l'exigent.

Une autre évolution importante vient des pays émergents en croissance rapide. Beaucoup ont mis en ouvre le contrôle des capitaux, car ils s'inquiètent des coûts liés à l'arrivée d'un flux financier impressionnant en provenance des pays avancés à la croissance nettement plus lente. Le Brésil, l'Indonésie, la Corée du Sud, la Thaïlande et Taiwan ont pris récemment des mesures visant à décourager l'arrivée de capitaux ; d'autres pays émergents comme le Pérou ont renforcé leur régulation prudentielle pour la même raison.