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L'avenir de la Syrie

DENVER – "Les hommes et les nations ne se comportent avec sagesse qu'après avoir épuisé toutes les autres alternatives", a déclaré un jour Abba Eban, le diplomate israélien. Cela va-t-il être le cas pour les USA avec la Syrie - le problème le plus inextricable et le plus dangereux du Moyen-Orient ?

Jusqu'à présent, la politique américaine s'est réduite à des bombardements plus ou moins symboliques contre les extrémistes sunnites et à la participation à l'entraînement de quelques 5000 syriens appartenant à "l'opposition modérée" supposée vaincre les autres forces sunnites et celles du président Bachar Al-Assad en attendant qu'elle n'entre victorieusement dans Damas - survolée peut-être par l'aviation américaine. Les USA continuent ainsi dans une mauvaise direction : ils écoutent, et pire encore, ils croient ceux-là même qui sont une partie du problème.

Le président Obama a raison de dire que la destruction de l'Etat islamique est un objectif à long terme. Cet objectif est justifié, mais il manque d'objectif clair en ce qui concerne la Syrie - alors que l'Amérique devrait susciter un large soutien dans la région et plus largement au sein de la communauté internationale. De même que les chiites à eux tout seuls ne peuvent gouverner l'Irak, les sunnites ne peuvent à eux tout seuls gouverner la Syrie.

Les frontières de la Syrie constituent un problème quasi insoluble, car elles n'ont pas grand chose à voir avec les identités tribales ou sectaires du Levant. Comme nombre d'observateurs l'ont souligné, elles ont été dessinées à la hâte et en secret il y a un siècle par les ministres des Affaires étrangères de la France et de la Grande-Bretagne. La Syrie ne connaîtra pas un seul jour sans que quelqu'un ne rappelle ce fait ou ne suggère de revenir sur le tracé frontalier. Même l'Etat islamique pour lequel l'Histoire semble s'arrêter au 7° siècle clame que les frontières de la région sont un héritage du colonialisme.