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Tenir compte de la Russie

DENVER – Quiconque pense qu’en politique étrangère, les résolutions se résument à des choix manichéens entre le bien et le mal, n’a pas à chercher plus loin que la crise en Ukraine. Comme l’a dit le secrétaire d’état américain Warren Christopher à propos des Balkans, c’est véritablement « un problème infernal. » Pire, pour le résoudre, il faut un tempérament et une clarté d’esprit devenus de plus en plus rares à l’heure où la sagesse des choix de nos dirigeants est régie plus par l’émotion que par la raison.

Les responsabilités ne manquent pas dans cette crise, mais cela ne veut pas dire qu’il y ait autant de sens moral. La responsabilité la plus directe en incombe au Kremlin, qui, tristement, est bien plus intéressé à manipuler le sentiment nationaliste afin de préserver le capitalisme de coterie de la Russie qu’à effectuer un vrai choix pour se joindre à l’économie globale.

Historiquement, le président Vladimir Poutine est loin d’être le premier dirigeant russe à se retrouver confronté à un tel choix. Mais il semble avoir une préférence pour un populisme superficiel – un penchant pour la recherche de symboles de légitimité tous trouvés afin de convaincre une population rétive. Ce qui le rend particulièrement inadapté pour diriger une grande puissance dans une époque troublée.

La Russie combine aujourd’hui les pires caractéristiques du capitalisme et de l’étatisme – des conditions que Poutine a eu tout le temps nécessaire d’identifier, d’analyser, et de corriger. Son appréhension des faits et sa connaissance de ce qui est mauvais indique qu’il lui manque la sagesse nécessaire pour y répondre de manière appropriée.