3

Procès spectacle en Chine

LONDRES – Le procès de Gu Kailai, épouse du dirigeant chinois évincé Bo Xilai, sa condamnation, et la peine de mort avec sursis prononcée à son encontre remettent non seulement en question le système juridique de la Chine, mais bien l’unité même de la direction du Parti communiste.

Commençons par aborder les nombreuses questions soulevées par ce procès. Tout d’abord, Gu a affirmé avoir tué l’homme d’affaires britannique Neil Heywood dans le seul but de protéger son fils. Or, compte tenu des pouvoirs appartenant à Gu en tant qu’épouse de Bo, elle aurait tout à fait été en mesure de faire emprisonner quelqu’un comme Heywood, ou de l’expulser de la Chine en un claquement de doigts. Nul besoin de cyanure.

Pourtant, en effet, elle a non seulement avoué sa culpabilité, mais a également semblé l’appréhender comme une sorte de nécessité historique. « Afin de respecter le caractère sacré de la loi, » a-t-elle déclaré devant le tribunal, « je suis prête à accepter et à faire face sereinement à toute décision de justice qui pourra être prononcée à mon endroit, et je m’attends à une décision juste et équitable. » Aucun accusé, depuis les procès spectacles de Staline dans les années 1930, n’avait si ardemment loué un juge pourtant déterminé à le condamner dans le cadre d’un procès ne présentant ni témoin ni preuve à son encontre.

L’ironie du procès éclair de Gu réside dans la foi de celle-ci dans le système juridique chinois. En effet, à la suite d’une victoire remportée devant un tribunal américain, l’avocate Gu n’avait-elle pas écrit un ouvrage dans lequel elle affirmait que la Chine présentait « le système de procès le plus juste qui soit ». Et celle-ci de poursuivre : « Les avocats chinois ne sont pas du genre à pinailler sur le moindre verbe. Dès lors qu’ils ont la conviction que vous avez commis un meurtre, vous êtes voué à être arrêté, jugé, et mis à mort par un peloton d’exécution. »