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L’appréciation lilliputienne du yuan

Quel que soit le résultat final du modeste pas accompli par la Chine pour laisser flotter le yuan, on ne peut qu’admirer le brio de sa stratégie. Le coup de génie de la mini-réévaluation du yuan (qui a augmenté de 2% face au dollar) est que personne ne peut prédire la suite.

En Amérique et en Europe, les partisans du protectionnisme qui brûlaient d’envie d’imposer des tarifs douaniers des plus sévères sur les marchandises chinoises ont joué de maladresse. Ils veulent continuer à faire les gros titres des journaux, mais s’ils vont trop loin et trop vite dans leur campagne anti-chinoise, ils passeront pour être un obstacle à de délicates négociations en coulisse.

Personne ne sait si le pas lilliputien fait par la Chine n’est qu’un début, ainsi que les autorités chinoises le laissent entendre un jour pour le démentir le jour suivant. En faisant une concession minimale face à la pression mondiale qui s’exerçait sur eux pour qu’ils réévaluent le yuan, les dirigeants chinois ont joué de main de maître pour apaiser le mécontentement grandissant face à l’excédent commercial en perpétuelle croissance de la Chine. La question fondamentale reste cependant de savoir si elle brave les forces du marché à ses risques et périls.

En apparence au moins, cette mini-réévaluation ne paraît pas avoir entamé la capacité de la Chine de plier les marchés des changes à sa volonté. Les experts étrangers avaient prévenu que procéder à une petite réévaluation du yuan risquait d’être pire que de ne rien faire. Tandis qu’elle ne modifie guère le déséquilibre des échanges commerciaux mondiaux, une petite appréciation est susceptible d’attirer une masse de capitaux étrangers, saturant ainsi les capacités de défense monétaire de la Chine et conduisant au chaos. Mais jusqu’à présent ce n’est pas arrivé et une fois de plus, la Chine paraît s’en tirer, contre l’avis des experts.