16

Chine et Russie : mariage de convenance ou union durable ?

LONDRES – Le peuple chinois a toujours compté parmi ceux qui accordaient le plus d’importance à une vision intellectuelle fondée sur l’expérience historique. Dans sa conquête du pouvoir, Mao Tsé-toung recourt à des tactiques militaires inspirées de Sun Tzu, qui vécut aux alentours de 500 av. J-C. De même, le confucianisme, qui remonte quasiment à la même période, demeure aujourd’hui fermement ancré dans la pensée sociale chinoise, malgré les efforts de Mao visant à éradiquer cette philosophie.

Ainsi, lorsque le président Xi Jinping a annoncé en 2013 son projet de « Nouvelle route de la Soie », nul n’a été surpris par cette référence historique. « Il y a plus de deux millénaires, » a récemment rappelé la Commission nationale chinoise pour la réforme et le développement, « plusieurs voies d'échanges commerciaux et culturels reliant les grandes civilisations asiatique, européenne et africaine ont été tracées par les peuples travailleurs et courageux d’Asie et d’Europe. Ces voies ont plus tard été baptisées Route de la Soie. » En Chine, il est souvent fait référence à l’histoire lointaine pour appuyer une doctrine nouvelle.

Cette nouvelle doctrine n’est autre que la « multipolarité » – l’idée selon laquelle le monde serait (ou devrait être) composé de plusieurs pôles d’attraction distincts, par opposition à un monde « unipolaire » (sous domination américaine ou occidentale).

Bien que la multipolarité soit un concept politique, elle s’étend au-delà des simples relations entre les puissances. Elle implique en effet le rejet de l’idée qu’il existerait un idéal civilisationnel unique, auquel il appartiendrait à tous les États d’adhérer. Les différentes régions du monde ont chacune leur histoire, qui a inculqué aux peuples différentes philosophies quant à la manière de vivre, de se gouverner eux-mêmes, et de gagner leur vie. Ces différentes histoires méritent toutes le respect : il n’existe aucune « juste » chemin vers l’avenir.