China's President Xi Jinping shakes hands with National People's Congress Chairman Zhang Dejiang WANG ZHAO/AFP/Getty Images

La bonne façon de juger la gouvernance chinoise

HONG KONG – A la suite les « deux sessions » en Chine – les réunions annuelles du corps législatif national et de l'organe suprême de conseil politique – tous les observateurs occidentaux, semble-t-il, discutent de la suppression de la limite de deux mandats pour le président. Selon les médias internationaux, Xi Jinping est en train de consolider son pouvoir et pourrait même être occupé à poser les bases d'un culte de la personnalité à la Mao Zedong. Pourtant, cette lecture est fondamentalement erronée.

La vision occidentale prédominante selon laquelle l'autorité croissante de Xi représente une tendance dangereuse reflète en partie l'inquiétude à propos des défis démocratiques de plus en plus importants aux États-Unis et en Europe. Néanmoins, cela n’a pas beaucoup de sens d’observer les développements politiques chinois à travers un prisme occidental, en particulier à un moment où le monde est en train de se déplacer d'un système unipolaire à un système multipolaire.

Les changements récents en Chine devraient plutôt être considérés comme faisant partie d'un processus plus large, dans lequel des systèmes de gouvernance concurrents émergent pour faire face à des défis complexes, globalement connectés, tels que les technologies de rupture, les rivalités géopolitiques, les changements climatiques et les changements démographiques. En bref, les pays tentent de trouver leur équilibre de gouvernance.

Dans un monde en évolution rapide, les systèmes de gouvernance doivent être capables de prendre des décisions rapides dans des conditions d'incertitude radicale, tout en maintenant une responsabilité. C’est à l’aune de ce critère – et non pas de la vision occidentale de ce à quoi un système de gouvernance devrait ressembler – que nous devrions évaluer les développements politiques en Chine.

En fait, la gouvernance de style occidental ne ressemble plus à l'étalon-or vanté depuis longtemps par ses partisans. Les démocraties occidentales font face à des menaces internes graves – notamment, les forces populistes épousant des politiques dangereuses comme le protectionnisme commercial – qui ont augmenté en grande partie en réponse à l’incapacité des systèmes à gérer des problèmes tels que l'inégalité des revenus, la polarisation politique, l’augmentation de la dette et la défaillance des infrastructures.

Cet échec reflète en partie la vision à court terme qui tend à dominer dans les démocraties occidentales, où les cycles électoraux courts (de six mois environ à quatre ans) contraignent souvent les hommes politiques à se concentrer sur les questions conjoncturelles, plutôt que sur les obstacles structurels qui empêchent les gains de productivité et la croissance des revenus à long terme. (De même, les sociétés occidentales ont tendance à baser leurs opérations sur les résultats trimestriels et peuvent donc négliger les risques et opportunités à long terme.)

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En revanche, lorsque les dirigeants de la Chine formulent et mettent en œuvre des politiques, ils ont tendance à penser en termes de décennies. Ceci est essentiel pour permettre une réponse efficace aux problèmes structurels – tels que la corruption, la pollution environnementale et les inégalités – qui ont résulté de plus de deux générations de croissance et de développement rapides.

La bureaucratie actuelle, travaillant par champs de compétences, se penche déjà sur ces problèmes, avec comme objectif de créer une société plus équitable, qui soit aussi innovante et adaptable. C’est seulement à cette condition que la Chine pourra échapper au tristement célèbre « piège du revenu intermédiaire » avant que le vieillissement de la population ne commence à peser davantage sur la croissance économique.

De manière plus générale, les dirigeants de la Chine ont fixé un objectif de 30 ans pour la modernisation de l'économie et de la gouvernance du pays – un objectif à long terme qui reflète le genre de vision que peu de pays ont réussi à articuler, et encore moins à mettre en œuvre. En supprimant la limite de mandat présidentiel, la direction de la Chine améliore ses chances de succès, en ouvrant la voie à Xi et à son vice-président, Wang Qishan, pour aller plus loin dans la réalisation de cette vision.

Xi et Wang sont des politiciens chevronnés ayant une vaste expérience face aux crises et à la gestion des défis institutionnels et sociaux complexes, du niveau local au niveau mondial. Tous les deux ont une bonne compréhension de l'histoire, ainsi que le charisme et la volonté nécessaires pour lutter contre les intérêts privés récalcitrants. Leur leadership durable a donc une valeur inestimable.

Mais cela ne signifie pas que toute responsabilité sera perdue. Au contraire, le Congrès national du peuple a approuvé une refonte majeure de la structure de gouvernance de la Chine, la création d’une nouvelle Commission nationale de surveillance de la corruption de tous les fonctionnaires chinois, quelle que soit leur appartenance ou statut au sein du Parti communiste chinois.

Le Conseil d'Etat a également été restructuré, avec une consolidation et une rationalisation des ministères, commissions et organismes afin de gérer les réformes de manière plus coordonnée et efficace. Par exemple, l'agriculture et les affaires rurales ont été regroupées au sein d’un même ministère, tout comme l’ensemble des questions environnementales.

De même, dans le but de réduire les risques du secteur financier (y compris l'endettement excessif et le secteur bancaire informel), la réglementation des banques et des assurances ont été regroupées sous la nouvelle Commission chinoise de réglementation bancaire et des assurances. Ces réformes institutionnelles radicales rendraient la structure de gouvernance de la Chine fonctionnellement similaires à ses équivalents américains et européens.

Comme Xi et Wang, les responsables de ces institutions sont des réformateurs dévoués, compétents et expérimentés. Le premier ministre Li Keqiang sera assisté par le vice-premier ministre Liu He qui a étudié à Harvard, a passé plus de 30 ans dans la planification du développement à long terme et a une profonde compréhension de la façon dont les forces du marché peuvent soutenir l'allocation efficace des ressources. Les réformes financières sont entre les mains du gouverneur de la Banque populaire de Chine Yi Gang, un économiste formé aux USA, et du président de la Commission chinoise de réglementation bancaire et d'assurance, Guo Shuqing, un économiste formé à Oxford avec des expériences dans le leadership provincial, la banque centrale et la réglementation des valeurs mobilières.

Il y a deux mille ans, le philosophe chinois Han Fei expliquait que la gouvernance efficace exigeait trois choses: l'état de droit, des outils bureaucratiques et la volonté politique. Changer les lois ou roder les outils de gouvernance est important, mais largement inutile en l’absence d’efforts soutenus et déterminés par les dirigeants politiques. Le système de la Chine a survécu parce que ses dirigeants ont été prêts à faire face aux défaillances du marché et aux lacunes administratives d'une manière directe et cohérente. De nouveaux efforts visant à augmenter la responsabilité – vitale pour renforcer la légitimité – renforceront encore plus le système.

La Chine, comme les Etats-Unis et l’Europe, est trop grande pour échouer. Elle a donc la responsabilité de développer un système de gouvernance capable de générer des changements structurels dans l'économie et la société, tout en assurant une responsabilisation efficace. Le test est de savoir si ce système pourra répondre aux défis à long terme et contribuer au bien-être national et mondial, et non pas de savoir s’il est conforme aux normes occidentales.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

http://prosyn.org/EFwYisF/fr;

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