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Les défis de Calderón

Le Mexique s'est enfin trouvé un nouveau président vendredi dernier, dans des circonstances de bien mauvais augure. Felipe Calderón a prêté serment, bravant la colère de son opposition de gauche, et se montrant ainsi plus malin que le Partido de la Revolución Democrática (PRD) et son dirigeant, Andrés Manuel López Obrador, mais sans pour autant éviter de payer le prix fort. Toutes les émissions d'informations télévisées et les unes du monde entier ont affiché les mêmes titres : “le nouveau président mexicain accède au pouvoir dans le chaos et la violence.”

Les institutions mexicaines ont résisté de justesse aux attaques d'une opposition de gauche virtuellement insurrectionnelle, qui s'acharnait en vain à empêcher l'investiture de Calderón, et à l'amertume d'un Partido Revolucionario Institucional (PRI), de plus en plus décidé à laisser Calderón prendre le pouvoir, avant d'échouer lamentablement. Si Calderón a surmonté de façon impressionnante les obstacles apparemment insurmontables qui jonchaient le chemin vers la présidence, la lutte pour gouverner et transformer le Mexique ne fait pourtant que commencer.

La plupart des journalistes mexicains estiment qu'il devrait être relativement facile pour Calderón de faire mieux que ce que fut l'échec en grande partie auto-infligé du président sortant Vicente Fox. Le Mexique a besoin d'une croissance environ deux fois plus rapide que celle qu'il a connu sous Fox (un petit 2 % par an). Si Calderón peut consolider la loi et l'ordre et utiliser ses considérables capacités politiques pour parvenir à un accord avec le PRI sur des réformes économiques structurelles, il réussira.

Mais c'est une vision simpliste. Le mandat de Fox, ainsi que les quatre dernières années de celui du président Ernesto Zedillo, n'ont pas vraiment été un échec. Le Mexique n'avait pas connu de stabilité économique, de basse inflation, de faibles taux d'intérêt, de monnaie stable et de croissance constante, bien que médiocre, dix années d'affilée depuis les années 1960. Pour la toute première fois, les emprunts immobiliers, les prêts automobiles et les crédits à la consommation sont devenus accessibles aux couches les plus basses de la classe moyenne : cette année, il s'est construit et vendu plus de maisons et acheté plus d'autos que jamais auparavant.