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Pékin mérite davantage de fair play

Depuis quelques temps, on voit constamment à la télé des images des gratte-ciel de Pékin baignant dans un brouillard de pollution. Les journalistes étrangers équipés d'appareils détecteurs de pollution portatifs apparaissent aux coins des rues pour mesurer le niveau de suie et de poussières dans l'air. Tout le monde semble vouloir démontrer que l'air de Pékin sera le facteur déterminant qui va ternir l'un des événements sportifs les plus médiatisés de la planète.

Pékin fait face à un défi de taille. Les préoccupations quant à la santé des athlètes sont  justifiées, surtout en ce qui concerne les épreuves d'endurance telles que le cyclisme et le marathon. Mais toute cette agitation médiatique s'accompagne d'amnésie. La pollution de l'air était une préoccupation majeure à Los Angeles il y a 24 ans. Pourtant, presque tout le monde a oublié le moment dramatique de la fin du marathon féminin, lorsque épuisée par la chaleur et peut-être par la pollution, la concurrente suisse s'est mise à chanceler. La qualité de l'air a aussi posé problème lors des Jeux suivants, à Barcelone, Atlanta, Séoul et Athènes.

Aleppo

A World Besieged

From Aleppo and North Korea to the European Commission and the Federal Reserve, the global order’s fracture points continue to deepen. Nina Khrushcheva, Stephen Roach, Nasser Saidi, and others assess the most important risks.

Aussi, la polémique autour des Jeux de Pékin mérite davantage de fair play.

Le BOCOG (le comité d'organisation de Pékin pour les Jeux), la ville dans son ensemble, le gouvernement et les six provinces concernées ont accompli des réalisations importantes et on l'espère durables. C'est d'autant plus remarquable que la ville connaît une croissance économique à deux chiffres et que les Jeux ont lieu dans un pays en développement, avec tous les problèmes sociaux, économiques, de santé publique et d'environnement que cela comporte.

Ainsi, depuis 7 ans, quelques 200 usines polluantes ont été fermées, ont été déplacées hors de la ville ou sont passées à une production moins polluante. Grâce à un investissement de 17 milliards de dollars, plus de 90% des eaux de la ville sont maintenant traitées, plus de la moitié de la ville est boisée et l'énergie vient maintenant à plus de 60% du gaz naturel, alors que ce taux était de 45% seulement en 2000.

Pékin compte maintenant huit lignes de métro couvrant 200 kilomètres qui transportent chaque jour prés de quatre millions de voyageurs, et 60 kilomètres de couloirs d'autobus. Les nouvelles normes d'émission de gaz d'échappement appliquées aux véhicules neufs sont équivalentes aux normes européennes les plus strictes et sont plus sévères qu'aux USA.

50 000 vieux taxis et 10 000 autobus ont été remplacés et 4000 nouveaux autobus roulent au gaz naturel, la plus grande flotte de ce type dans le monde. Parallèlement à un ensemble d'autres mesures, les autorités ont demandé il y a quelques jours aux entreprises d'échelonner les congés avant, pendant et après les Jeux, de manière à réduire le trafic.

Les autorités portent la plus grande attention au caractère écologique des lieux de compétition eux-mêmes et au village olympique dont l'eau est recyclée par l'usine de traitement des eaux usées de Qinghe pour servir aux systèmes de chauffage et de refroidissement. Le résultat : une diminution de 60% la consommation d'électricité.

Seul le temps dira si ces mesures vont permettre de ramener la pollution de l'air à un niveau acceptable. Le programme des Nations unies pour l'environnement en fera certainement un point central de son rapport après Jeux, qui complétera le premier rapport publié en 2007.

Pékin, qui se veut en pointe en matière d'écologie, adopte les normes environnementales qui jouent maintenant un rôle essentiel au sein du mouvement olympique moderne et sont de plus en plus fréquemment en vigueur lors d'autres événements sportifs importants, par exemple les "Green Goals" (Objectifs verts) des Coupes du monde 2006 et 2010 de la FIFA.

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Ne sous-estimons pas la prise de conscience de l'opinion publique, la capacité de mettre en œuvre des méthodes nouvelles et durables de gestion de l'environnement urbain et les bénéfices à long terme de l'utilisation de formes d'énergie, de moyens de transports et plus généralement d'infrastructures moins polluantes.

L'humanité est engagée dans une course de vitesse en direction d'une "économie verte" pour répondre au changement du climat et aux atteintes à l'écosystème indispensable à la vie. Le rôle de catalyseur et d'inspiration d'événements tels que les Jeux olympiques doit être encore accru pour nous aider à ne pas succomber sous le poids de la dégradation rapide de l'environnement.