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Boris Johnson, le contre-révolutionnaire

LONDRES – Si l’histoire se répète – tragédie d’abord, farce ensuite –, Boris Johnson, politicien protéiforme, qui incarne les contradictions du temps, est assurément l’un des acteurs de cette seconde fois. Johnson est un tribun des « 99% » qui a grandi dans le monde privilégié du 1% restant, un descendant d’immigrants qui réclame la fermeture des frontières, un conservateur qui renverse l’ordre établi, un érudit qui raille l’expertise, et un urbain cosmopolite pour lequel les Noirs sont éventuellement de « grands enfants ». Plus que tout autre, Johnson s’est employé à ruiner l’avenir européen de la Grande-Bretagne, mais son ultra-flexibilité pourrait être sa planche de salut.

Lors de sa première apparition publique après avoir été nommé ministre des Affaires étrangères, Johnson a comparé le vote en faveur du Brexit à la Révolution française. S’attirant les huées de l’assistance, venue célébrer le 14-Juillet à l’ambassade de France, il a salué dans le référendum un « soulèvement populaire […] contre un Ancient Régime (sic) bureaucratique et étouffant, dont les titres démocratiques n’avaient plus rien d’évidents ».

Mais le vote du Brexit – avec ses promesses d’une résurrection de la Grande-Bretagne d’autrefois – est moins une révolution qu’une contre-révolution. Boris, n’en déplaise à ses valeureux Brexiters, ressemble plus à Louis-Napoléon Bonaparte, qui renversa la République française pour créer une nouvelle monarchie, qu’à Danton ou à Robespierre.

Si quiconque ou quoi que ce soit peut prétendre incarner les idéaux de 1789, c’est bien l’UE. Ses responsables politiques et ses fonctionnaires ont donné à l’abstraite trinité de la liberté, de l’égalité et de la fraternité une forme concrète : 80 000 pages de lois définissant droits et règlements depuis la chambre à coucher jusqu’aux chaînes de montage des usines. Et l’application de ces règles a guidé plusieurs vagues de pays – ainsi la Grèce et l’Espagne, puis l’Estonie et la Pologne – de l’autocratie à la démocratie.