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Une affaire de famille

LONDRES – La course à la présidence du parti travailliste britannique (Labour) n’émeut en général pas le monde entier. Pourtant, l’affrontement entre les deux frères Miliband, David et Ed, qui relevait d’une captivante saga familiale, donne à voir des caractéristiques propres à certaines cultures démocratiques qui ne font d’habitude pas la une des journaux, tout comme le lien étrange qui relie le personnel et le politique dans la hiérarchie du protocole démocratique.  

Dans le passé, la politique, ou tout du moins l’exercice du pouvoir, était une affaire de famille. Les rois avaient pour habitude de rêver d’un héritier, car le pouvoir se transmettait à sa propre descendance et se partageait en fonction d’affiliations tribales.

La transmission du pouvoir par le sang ne génère pas nécessairement un climat familial sain et chaleureux. Dans sa quête d’héritier, Henry viii n’a pas hésité à faire exécuter deux de ses femmes et à renverser la chrétienté. Les sociétés polygames quant à elles fournissent l’exemple de concubines royales prêtes à tuer les enfants des autres pour s’assurer que leur lignée génétique prédominera. Les Ottomans ont eux introduit la pratique du « fratricide royal judiciaire » soi-disant dans le but d’éviter une guerre civile.

Qu’il s’agisse de loyauté absolue ou de rivalité meurtrière, dans tradition, la politique est rarement coupée des passions personnelles. Ce qui n’est pas vraiment le cas des démocraties occidentales, où toute passion personnelle est, du moins en théorie, sensée être complètement détachée de la représentation impersonnelle des intérêts du groupe.