0

Faire payer l'étranger

PRINCETON – Encore aujourd’hui, le monde financier est menacé d'une réplique du séisme de 2008, et ce, à une échelle encore plus catastrophique. Mais les chocs financiers rayonnent cette fois-ci autour de l'épicentre de l'Europe et non des États-Unis. Les mécanismes financiers en cause ne sont plus ici des produits financiers à structure hautement complexe, mais un des plus anciens instruments financiers du monde : les obligations gouvernementales.

Pendant que les États et les banques centrales entament une course frénétique contre la montre pour trouver une solution, une profonde dynamique psychologique va à l'encontre d'un règlement ordonné des problèmes de dette souveraine : une nation n’aime pas reconnaître ses dettes envers des étrangers.

Quand les créanciers sont de lointains inconnus, la tentation est beaucoup plus forte de couper simplement le noud gordien de la dette en la reniant. En 2007 et 2008, les propriétaires de maison retardaient leurs paiements ; c'est maintenant le tour des gouvernements. Le prêteur est loin et anonyme dans les deux cas. Les titres hypothécaires américains n'étaient plus détenus dans une banque locale, mais reficelés en instruments financiers ésotériques pour être revendus mondialement, comme la dette souveraine grecque, en grande partie due à des étrangers.

Certains prétendent que les pays qui ne respectent pas leurs engagements de dette extérieure font preuve d'une forme d'atavisme. L'Espagne et la France ont souvent fait défaut à l'aube de l'ère moderne. Les débuts de la création de l'État grec en 1830 ont aussi été marqués par des épisodes chroniques de défauts. Cette recherche de causes historiques de longue durée est simpliste, car elle ignore la principale question déterminant si un État peut soutenir sa dette : à qui la doit-il ?