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Le désastre européen de Blair

Quand les électeurs français et néerlandais ont rejeté la proposition de Constitution de l’Union européenne, tout le monde a vite compris que le projet européen était dans une situation difficile. La douloureuse bataille de la semaine dernière concernant l’avenir à moyen terme du budget de l’Union a encore davantage confirmé ce verdict. Elle a également tristement mis fin à la présidence britannique du Conseil européen, en rappelant que la Grande-Bretagne continue à entretenir sa vieille réputation d’exception dans l’Union européenne.

Les deux faits sont intimement liés. En France et aux Pays-Bas, les électeurs n’ont pas expliqué pourquoi ils ont voté contre le projet de Constitution. Or, de nombreux commentateurs ont cru que ce vote exprimait leur protestation face à l’admission ressentie comme précipitée des dix nouveaux États membres, et surtout des pays les plus pauvres d’Europe centrale et orientale. Plus particulièrement, il semblerait que les électeurs aient eu peur de perdre leurs emplois, au détriment des foules de migrants venus de l’Est. Cette crainte a été largement illustrée, à cette période, par l’image du plombier polonais bon marché.

L’ironie, évidemment, réside dans le fait que la plupart des quinze anciens États membres ont refusé aux nouveaux pays entrants l’accès complet et immédiat aux marchés de l’emploi occidentaux. Quoi qu’il en soit, il était trop tard pour protester puisque les dix pays de l’Est étaient bel et bien devenus membres à part entière de l’Union.

Mais maintenant, les 25 États membres doivent faire face aux conséquences économiques de cet élargissement, non seulement sur la question de la taille globale du budget européen pour les sept prochaines années, mais également sur la répartition des pays contributeurs et bénéficiaires. La question essentielle est surtout de savoir dans quelle mesure les anciens États membres sont prêts à payer pour dynamiser les économies en retard des nouveaux pays membres.