0

Le meilleur des anciens mondes de la biotechnologie

Les sceptiques quant à la biotechnologie agricole soutiennent qu'elle n'a pas fait ses preuves, qu'elle n'a pas été mise à l'épreuve, qu'elle n'est pas naturelle et qu'elle est incontrôlable. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Au contraire, ni la biotechnologie ni l'ingénierie génétique ne sont de nouveaux domaines et les consommateurs, le gouvernement et l'industrie ont tous entretenu des rapports positifs et approfondis de longue date avec ces deux champs d'activité.

La biotechnologie, qui consistait à ses débuts en l'application de systèmes biologiques à des processus techniques ou industriels, date de 6 000 avant Jésus-Christ, lorsque les Babyloniens utilisaient des micro-organismes spécialisés dans la fermentation afin de préparer des boissons alcoolisées. L'ingénierie génétique remonte à la période où l'homme a pris conscience que les animaux et les plantes cultivées pouvaient être sélectionnés et élevés/cultivés dans le but d'améliorer des caractéristiques spécifiques. Les premiers biologistes et agronomes ont sélectionné ces animaux et ces plantes selon leurs attributs, créant ainsi des changements mal compris dans le matériau génétique des organismes.

 1972 Hoover Dam

Trump and the End of the West?

As the US president-elect fills his administration, the direction of American policy is coming into focus. Project Syndicate contributors interpret what’s on the horizon.

En d'autres termes, la « nature » ne nous a pas donné des raisins sans pépins, pas plus que le tangelo (un hybride de mandarine et de pamplemousse) et les fraises résistantes aux champignons : les agriculteurs et les sélectionneurs ont pris le relais. Au cours du demi-siècle dernier, une meilleure compréhension de la génétique au niveau moléculaire a permis d'affiner l'amélioration génétique dans toutes sortes d'organismes.

Les opposants de la biotechnologie émettent à maintes et maintes reprises des avertissements sinistres sur le mouvement des « gênes vicieux » entre la culture modifiée et les parents sauvages (ou domestiqués). Mais, au risque de mélanger les métaphores, il s'agit simplement d'une ruse pour brouiller les pistes.

Le flux génétique est omniprésent. Toutes les plantes cultivées ont des parents quelque part et les gènes migrent communément si les deux populations sont cultivées à proximité. Le flux génétique existant entre les parents sauvages et les plantes cultivées peut même être encouragé par les agriculteurs de subsistance afin de préserver la vaste base génétique des variétés qu'ils plantent à partir de graines provenant d'une précédente récolte. Ce flux génétique n'a pas lieu lorsque les agriculteurs achètent leurs graines à des producteurs de graines, comme de bien entendu, mais dans ce cas, le flux génétique peut se produire dans le sens inverse, les gènes des plantes cultivées migrant vers leurs parents sauvages.

Cette situation risque de se produire si les gènes de la plante cultivée confèrent un avantage sélectif au bénéficiaire, mais elle est rare dans le cas de l'épissage des gènes où, le plus souvent, le gène ajouté savantage naturellement le bénéficiaire. Le scénario catastrophe consisterait à transférer les gènes des plantes conçues pour résister davantage à certains herbicides. Une fois le gène transféré au parent sauvage, il s'agirait alors de l'y maintenir en cas d'utilisation du même herbicide, rendant par la même occasion les parents sauvages plus difficiles à contrôler. Mais même ce scénario n'engendre aucun problème au niveau de la sécurité écologique ou alimentaire. Car si l'utilisation d'un seul herbicide devait être compromise, les agriculteurs se contenteraient d'en employer un autre.

Le transfert des gènes constitue une préoccupation de longue date pour les agriculteurs. En cultivant des centaines de plantes, dont quasiment toutes ont été améliorées génétiquement, les praticiens de l'agriculture « traditionnelle » d'Amérique du Nord ont méticuleusement développé des stratégies visant à éviter toute contamination pollinique croisée sur les champs, lorsque et si cette contamination s'avère nécessaire pour des raisons commerciales.

Le canola, une graine de colza améliorée génétiquement et développée par des sélectionneurs canadiens un demi-siècle auparavant, illustre parfaitement cette situation. L'huile de colza originale était nocive en cas d'ingestion en raison de niveaux élevés d'acide érucique. Après que la sélection traditionnelle ait débouché sur le développement de variétés de graines de colza à faible teneur en acide érucique, l'huile de canola est devenue l'huile la plus couramment consommée au Canada. Mais l'huile de graine de colza à teneur à la fois élevée et faible en acide érucique est toujours utilisée comme lubrifiant et comme plastifiant. Les variétés à teneur élevée et faible en acide érucique de plantes cultivées à partir de graines de colza doivent ainsi être soigneusement isolées dans le champ et par la suite. Les agriculteurs et les traiteurs traditionnels accomplissent cette opération systématiquement et sans difficulté.

Ces applications de la biotechnologie traditionnelle, ou de l'ingénierie génétique, représentent des réussites scientifiques, technologiques, commerciales et humanitaires considérables. Mais les techniques utilisées étaient relativement grossières et elles ont donc été récemment complétées, et dans la plupart des cas remplacées, par « la nouvelle biotechnologie », un ensemble de techniques fondamentales qui permettent la modification génétique au niveau moléculaire. Le prototype de ces techniques, appelé épissage de gènes ou modification génétique (« GM »), constitue une méthode plus précise, mieux comprise et plus prévisible de modification du matériel génétique que ne l'étaient les méthodes précédentes.

Une analyse officielle menée en 1989 par le Conseil National de Recherche américain sur les technologies génétiques a résumé le consensus scientifique : « Les techniques classiques de transfert de gènes permettent de transférer un nombre variable de gènes, ce nombre étant fonction du mécanisme de transfert ; mais la prédiction du nombre précis ou des traits qui ont été transférés reste difficile et il nous impossible de prédire avec précision les [traits] qui en résulteront. Avec des organismes modifiés selon des méthodes moléculaires, nous sommes dans une meilleure, si ce n'est parfaite, position pour prédire [leurs traits]. »

Le « produit » désiré d'épissage des gènes peut être l'organisme modifié lui-même (une bactérie permettant de nettoyer des déversements d'hydrocarbures, un virus affaibli utilisé comme un vaccin ou un papayer qui résiste aux virus) ou bien un produit synthétique des cellules, comme par exemple de l'insuline humaine produite dans les bactéries, ou de l'huile extraite des graines.

Fake news or real views Learn More

Les plantes dont les gènes sont épissés ont été cultivées pendant plusieurs années dans le monde entier sur plus de 100 millions d'acres par an. Plus des deux tiers des aliments traités aux Etats-Unis contiennent des ingrédients dérivés d'organismes dont les gènes ont été épissés. Aucun accident ne s'est produit et aucune personne ni aucun système n'a été meurtri. Ainsi, la théorie et l'expérience confirment le caractère extraordinaire de la prévisibilité et de la sécurité de la technologie d'épissage des gènes et de ses produits.

Les nouvelles techniques d'épissage des gènes ont donné lieu à de nombreux nouveaux outils de recherche et à de nouveaux produits commerciaux importants et elles ont seulement commencé à changer notre manière de conduire des recherches biologiques et à élargir les choix disponibles pour les agriculteurs, les producteurs alimentaires, les physiciens et les consommateurs. Mais elles constituent seulement une extension, ou une amélioration, des types de modification génétique qui ont précédé l'ère de la « nouvelle biotechnologie ». Bienvenue dans le meilleur des anciens mondes de la biotechnologie.