0

Au-delà de la désillusion révolutionnaire

Toutes les révolutions passent à la fin de l’euphorie à la désillusion. Dans une atmosphère révolutionnaire de solidarité et d’abnégation de soi, on tend à croire, quand la victoire est complète, que le paradis sur terre est inévitable. Bien sûr, le paradis n’est jamais atteint et, naturellement, la déception s’en suit. Cela semble être le cas en Ukraine aujourd’hui, alors que le peuple se prépare à élire un nouveau parlement un peu plus d’un an après avoir réussi sa révolution orange.

La désillusion postrévolutionnaire, surtout après les révolutions contre le communisme, et dans le cas de l’Ukraine la révolution contre l'après communisme, s'enracine dans la psychologie. De nouvelles circonstances imposent de nouveaux défis pour la plupart. Par le passé, l’État décidait de tout et la plupart des gens, surtout les classes d’âge moyennes et plus âgées, ont commencé à considérer la liberté comme un poids parce que cela impliquait des prises de décision sans fin.

J’ai parfois comparé cet ennui psychologique à ma propre situation quand je suis sorti de prison : pendant des années, je m’étais langui pour être libre, mais, quand j’ai enfin été libéré, je me suis retrouvé à prendre des décisions à chaque instant. Confronté soudainement à de nombreuses options chaque jour, on commence à attraper un mal de tête, et parfois, inconsciemment, on veut retourner en prison.

Cette dépression est probablement inévitable. Mais, sur une échelle sociétale, elle est généralement surmontée, au fur et à mesure que les générations passent. En effet, quinze ans après la désintégration de l’Union soviétique, une nouvelle catharsis semble se produire, et la révolution orange de l’Ukraine en fait partie.