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Salaire minimum ou revenu minimum ?

LONDRES – La plupart des pays riches ont maintenant des millions de « travailleurs pauvres » dont les emplois ne rapportent pas assez pour les maintenir au-dessus du seuil de pauvreté et dont le salaire doit donc être subventionné par l'État. Ces subventions prennent la forme de crédits d'impôts.

Cette  idée est très ancienne. L'Angleterre a mis en application son système de « Speenhamland », une forme d'aide extérieure prévue pour compenser l'augmentation du prix du pain pendant les guerres napoléoniennes. En 1795, les autorités de Speenhamland, un village du Berkshire, ont mis en place une échelle dégressive des compléments de salaire sous condition de ressources. Les suppléments reçus par les familles variaient en fonction du nombre d'enfants et du prix du pain.

Mais ce régime a été critiqué parce qu'il permettait aux employeurs de payer des salaires inférieurs au strict minimum, parce que le contribuable allait compenser la différence. En 1834, le système de Speenhamland a été remplacé par la New Poor Law (Nouvelle loi sur les pauvres), qui limitait les aides accordées à des hospices de pauvres, dans des conditions suffisamment odieuses pour forcer les gens à retrouver un emploi sur le marché du travail.

Puis au XXème siècle le principe de Speenhamland a été rétabli, par nul autre que le libéral partisan du libre-échange Milton Friedman. En 1962 Friedman a proposé « un impôt négatif sur le revenu » par lequel les personnes aux revenus inférieurs à un certain seuil recevaient un revenu supplémentaire du gouvernement, plutôt que de lui payer des impôts. L'idée était d'arrêter de faire vivre des gens grâce aux allocations de chômage et de les remettre au travail. Cela a été mis en œuvre sous le nom d'Earned Income Tax Credit (crédit d'impôts sur les revenus)aux États-Unis et de Working Families Tax Credit (crédit d'impôts pour les familles de travailleurs) au Royaume-Uni.