1

Le poids de l’héritage Kadhafi

ANTALYA – Le récent coup d’État militaire en Libye, mené par le général Khalifa Haftar, a finalement réduit à néant l’illusion que le pouvoir central, dysfonctionnel et qui ne contrôle que Tripoli, la capitale, est en mesure de gouverner le pays. Déterminer comment apporter la paix et la stabilité à une société libyenne profondément fragmentée nécessitera d’aller au-delà d’une évaluation des erreurs du gouvernement actuel ; un examen attentif des échecs – et des succès – de l’ancien dirigeant du pays, le colonel Kadhafi, est également indispensable.

Haftar pense que la solution pour résoudre les multiples crises de la Libye réside dans la mise en place d’une armée nationale forte capable de vaincre les islamistes qui déstabilisent le pays. D’autres continuent à réclamer une réconciliation nationale. Mais aucune de ces approches ne tient réellement compte de la cause des événements actuels en Libye : l’héritage du kadhafisme.

Compte-tenu du fait que Kadhafi a dirigé le pays pendant plus de quarante ans, son héritage ne peut être ignoré. L’analyse de ce legs doit reconnaître le lien essentiel entre les politiques qu’il a appliquées et les problèmes actuels, mais également s’assurer que ce qui mérite d’être préservé ne soit pas oblitéré par la volonté précipitée d’effacer la mémoire de l’ancien chef d’État libyen.

Kadhafi avait recours à des services de sécurité et à des comités révolutionnaires paramilitaires pour asseoir son pouvoir, contribuant ainsi au dysfonctionnement et à la fragmentation des institutions étatiques. Il estimait que la bureaucratie entravait la transmission de son message au peuple, ce qui l’amena à démanteler périodiquement les ministères et à préférer les relations personnelles aux hiérarchies institutionnelles. En l’absence d’un gouvernement unifié, les Libyens sont revenus aux allégeances tribales et régionales, au détriment d’une identité nationale partagée.