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L'épargne asiatique doit être au service de l'Asie

HONG KONG – Depuis plus de 30 ans l'Asie est en tête de la croissance mondiale. En se développant, elle a exporté son épargne sous la forme d'un excédent commercial avec les USA et l'a réimporté sous forme d'investissements par l'intermédiaire des places financières de New-York et Londres – un processus qui a généré de graves tensions financières auxquelles on n'a pas suffisamment prêté attention.

Fin 2015, la position d'actif net combinée de la Chine, de Hong Kong, du Japon, de la Corée, de Singapour et de Taiwan s'élevait à 7300 milliards de dollars – presque exactement l'équivalent du passif net des USA en matière d'investissement à l'étranger. Ce déséquilibre ne va probablement pas disparaître de si tôt. Le passif net des USA s'est encore creusé récemment pour atteindre 7800 milliards de dollars fin septembre 2016, essentiellement en raison du maintien de leur déficit des comptes courants et d'un taux de change à la hausse.

Pourquoi les pays asiatiques n'investissent-ils pas leur épargne dans leur propre région ? La domination des USA sur la finance mondiale, particulièrement sur les marchés financiers et les marchés des changes, en est une raison évidente. Dans un étude datant de 2005, Pierre-Olivier Gourinchas et Hélène Rey expliquent que les USA qui ont été les banquiers de la planète sont devenus son investisseur en capital-risque en investissant à l'étranger, surtout en Asie, au lieu de se contenter d'emprunter et de prêter.

Cela ne signifie pas pour autant que les pays asiatiques ont intérêt à investir dans les pays occidentaux – notamment en raison des flux de capitaux de pays à taux d'intérêt faibles vers des pays à taux d'intérêt élevés qui se sont développés après la crise financière de 2008.  Selon Hyun Shin et d'autres économistes de la Banque des règlements internationaux, les taux d'intérêt faibles des pays développés et la faiblesse du dollar on conduit les marchés financiers, avec en tête les places financières de New-York et de Londres, à emprunter dans les pays à taux d'intérêt faibles pour investir dans les pays à taux d'intérêt élevés.