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Israël et la Syrie sont-ils prêts à faire la paix ?

JÉRUSALEM – La reprise des pourparlers de paix entre Israël et la Syrie n’est pas pour le Premier ministre israélien une diversion à ses difficultés politiques. Les discussions ne sont pas non plus une tactique de la Syrie pour éviter une comparution devant un tribunal international pour l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafik Hariri. Un accord de paix israélo-syrien est stratégiquement vital pour les deux parties et les deux parties le savent.

Les deux principales expériences formatives du régime baasiste de Hafez el-Assad ont été d’une part la perte du plateau du Golan lors de la guerre de 1967 avec Israël, et la perte du Liban par son fils, Bachar, (qui a été) contraint de retirer l’armée syrienne du pays en raison des pressions intenables exercées par la communauté internationale dirigée par les Etats-Unis. Récupérer le Golan et protéger les intérêts vitaux de la Syrie au Liban ne sont pas seulement des préoccupations stratégiques importantes pour le président syrien ; elles sont également indispensables pour que le régime puisse asseoir sa légitimité et pour que Bachar puisse affirmer son leadership.

Mais la paix avec Israël n’est pas la véritable priorité d’Assad. Elle est plutôt une condition préalable sans laquelle des objectifs supérieurs – le rapprochement avec les Etats-Unis, la légitimation du statut spécial de la Syrie au Liban et éviter une guerre potentiellement dévastatrice avec Israël si le Golan n’est pas récupéré par des moyens pacifiques – ne pourront être atteints. Le régime a en effet suggéré qu’il serait prêt à accepter un compromis sur la question – la délimitation à la frontière de 1967, le long d’une étroite bande de terre sur la rive orientale du lac de Tibériade – qui avait fait capoter les négociations il y a huit ans.

Une paix israélo-syrienne est également une nécessité stratégique de premier plan pour Israël. Les complexités des menaces contre Israël sont telles qu’une éventuelle confrontation avec le Hamas à Gaza pourrait provoquer une reprise des hostilités avec le Hezbollah au Liban. Une telle guerre ne pourrait être gagnée que par la destruction totale du Liban par l’aviation israélienne. Dans ce cas de figure, la Syrie profiterait sans doute de l’occasion pour remettre en cause le statu quo au Golan, par une occupation qui pourrait déboucher sur une guerre de missiles visant le centre vulnérable Israël. Et l’Iran, désireux de protéger son programme nucléaire d’une intervention israélo-américaine, pourrait jouer un rôle actif pour soutenir ce sinistre scénario.